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Chantal Leblanc, une femme debout - Abbeville, 5 mai 2015

Très triste nouvelle que celle de la disparition ce 30 avril de notre chère camarade Chantal Leblanc, ancienne députée communiste de la Somme et qui fut de longues années conseillère régionale de Picardie et élue à Abbeville.

Militante depuis 1968 et impliquée dans toutes les luttes pour une société plus juste et plus humaine jusqu'à ces dernières semaines, nous sommes très nombreux à avoir beaucoup d'estime et de sympathie pour cette femme engagée et combative, toujours très franche et directe mais aussi ouverte au débat et très respectueuse de l'autre, qui liait culture, intelligence et toujours une grande simplicité et modestie. Chantal portait ce qu'il y a meilleur dans notre idéal communiste.

Chantal, tu resteras dans nos cœurs !

 

À Abbeville le 1er mai, la mémoire de Chantal Leblanc était dans toutes les têtes et les coeurs des manifestants. Quel plus bel hommage à cette militante qui avait consacré sa vie à la défense des intérêts du monde du travail ?

 

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Mots de Florence Cesbron

Une étoile vient de s'éteindre

Chantal nous a quitté cette nuit à 2 heures. Rappelez-vous que c'est la première députée à avoir imposé le pantalon à l'Assemblée nationale. Elle était alors très jeune pour cette fonction.

Elle avait beaucoup de force, de sourire. Elle a beaucoup agi humainement pour les Abbevillois et tant d'autres, pour la vie, pour l'amour, la justice, la démocratie.

Vive Chantal.

 

Obsèques de Chantal à Abbeville le 5 mai 2015

Hommages de Michel Guillochon et Thierry Aury

 

Hommage de Michel Guillochon, au nom des communistes abbevillois

 

Chère Chantal,

Tes camarades de la section d’Abbeville du PCF, mais aussi ceux du département de la Somme, les élus communistes et apparentés de la Ville d’Abbeville, tout le monde ici présent, sont profondément bouleversés et affectés par ta disparition.

Nos pensées vont aussi à ton homme Claude, à tes filles Haydée et Muriel ainsi qu’à toute ta famille.

La maladie a eu raison de toi, très vite, trop vite, à la veille du 1er Mai et le jour du 70e anniversaire de la loi sur le droit de vote des femmes, toi la combattante, toi la résistante, la militante humaine et humaniste…

Je dois te dire que nous étions nombreux à la manif du 1er mai. On a beaucoup parlé de toi. Hervé t’a rendu un bel hommage de la part de la CGT. Annie et Maryse ont vendu du muguet comme tu le faisais chaque année. Nous avons chanté l’Internationale. Nous avons fait l’habituel tour en ville jusqu’au kiosque, place Max Lejeune. Comme çà tu sais tout.

Face à notre peine, je suis certain que tu nous aurais dit en ce moment même, « vous êtes tristes, mais ne soyez pas abattus ». Tout au long de ta vie militante tu as su nous donner de la force pour aller de l’avant. Et bien, soit assurée Chantal, que nous ne sommes pas abattus et que ton combat, le combat pour une société meilleure, continue.

Ta riche et longue vie militante a commencé à vrai dire à Lille dans le mouvement étudiant de l’UNEF et tu prends ta carte au Parti Communiste Français en 1968 au moment de la mobilisation pour la paix au Vietnam et du grand mouvement qui aura marqué l’histoire sociale de notre pays.

En 1969, tu arrives avec Claude, à Cocquerel où tu découvres le milieu rural et industriel. Dans le textile, l’empire Saint-Frères était à son apogée et avait des usines à Pont-Rémy, à Abbeville et dans toute la vallée de la Nièvre. La classe ouvrière était importante. L’activité du Parti aussi. Tu deviens secrétaire de la section de Pont-Rémy. C’est à ce moment que tu t’engages pleinement à porter chez les gens, l’idéal communiste et à faire fructifier l’espoir d’une société débarrassée de l’exploitation capitaliste, d’une société de progrès social.

Tu te lances dans le porte à porte en vendant le journal Le travailleur de la Somme, action militante que tu as pratiquée toute ta vie. Tu as toujours aimé aller à la rencontre des gens. Et c’est à ce moment-là que tu fais la connaissance de Maxime Gremetz.

Tu arrives à Abbeville en 1972 où tu rencontres Guy Rocques et Francine sa femme. Tu deviendras vite secrétaire de ta cellule de quartier et de la section. C’est en pleine époque du Programme Commun. Et nous nous souvenons tous de l’engouement populaire et du succès de la vente du Programme au porte-à-porte. Ton activité militante était débordante. Nous comptions à l’époque pas moins de 20 cellules de quartier ou d’entreprise. C’est à cette période que tu crées, avec Claude, une section de la Confédération Nationale du Logement pour permettre aux locataires d’agir collectivement.

Tu as été aux côtés des salariés dans leurs luttes contre la désindustrialisation de notre ville. Je citerais : Saint-Frères, Schlumberger, Armco, BB confort, Maillard, Huret, Colin, Margot, Farman…. C’était là, à l’époque, le sens profond de ton engagement à mettre les forces de notre parti au service des travailleurs pour vivre et travailler au pays.

C’est dans ce contexte que tu deviens, je dirais, naturellement, candidate aux élections des députés en 1978. Une fois élue, tu n’as pas changé, tu es restée toujours la même, simple, engagée totalement à défendre les cas individuels et en même temps l’intérêt général. Mais tu n’as jamais fait d’assistanat, tu as toujours fait en sorte que les gens se prennent en charge et participent à la défense de leurs intérêts. Tu as mis ton mandat aux services des plus démunis et de la population. Tu étais sans concession face à la droite et à l’extrême droite. 

Tu es restée une militante-députée. Et non une notable. La notabilité n’était pas ton monde. Pour être reconnue ton prénom suffisait.

Tu n’étais pas été une femme de pouvoir mais une femme de vouloir.

Tu n’étais pas une femme du paraître mais une femme de l’être.

C’est à ce moment là que tu fais la connaissance de Jack Ralite, ancien Ministre, et tu sièges avec lui au sein de la commission aux affaires culturelles du parlement.

Tu deviens conseillère municipale en 1983 et c’est de 1989 à 1995 que tu auras marqué la vie municipale de ton empreinte. Adjointe au Maire à l’action sociale, ton engagement sans compter, ton travail acharné, ont fait que tu as contribué à soutenir de nombreuses familles fragilisées par l’exclusion sociale, et à leur rendre une dignité. Tu as su donner tout son sens à la solidarité publique. On comprend pourquoi tu attachais tant d’importance à la défense des services publics.

Tu restes conseillère d’opposition de 1995 à 2001.

Le mot solidarité n’était pas pour toi un mot creux, tu t’es toujours battue pour que les richesses profitent à tous. Tu ne supportais pas les inégalités, les discriminations de toutes sortes. Plus encore, combien de gens as-tu aidés personnellement ?

Tu es devenue la porte parole des sans… des sans ressource, des sans emploi, des sans avenir, des sans loisirs…

De 1986 à 2004 tu es élue conseillère régionale.

 

Par ton intégrité, ta droiture, ta clarté, ton honnêteté, tu as donné une haute image de la politique bien mise à mal aujourd’hui par les affaires, la course au pouvoir… tu reversais systématiquement toutes tes indemnités, ta pension de députée, à notre Parti. Tu n’as jamais profité de ta position d’élue.

Pour parler d’humanité, jusqu’à ces derniers temps, tu as assuré la diffusion de l’Humanité Dimanche. Faire connaître son contenu progressiste et soutenir l’Huma en difficulté, était une action politique primordiale pour toi. C’est pourquoi la famille vous appelle à faire un don aujourd’hui.

Et la fête de l’Huma était un point d’orgue. Avec Claude tu n’en n’a jamais manqué une et tu assurais chaque année l’organisation du car pour aller à Paris. Tu t’arrangeais toujours pour que le manque d’argent ne soit un obstacle à faire le déplacement. Chacun devait pouvoir profiter de ce moment important de la vie politique et culturelle de notre pays.

Chantal, nous qui t’avons côtoyée si souvent à la section d’Abbeville, qui avons partagé tant de moments de débats, de lutte, de convivialité… plein de souvenirs se bousculent. Nous avons beaucoup de mal à imaginer que tu ne seras plus parmi nous. 

Que de distributions de tracts tu as organisés, que de préparations et d’animations de réunions de cellules, de section, que de participations aux conférences départementales, au congrès national du PCF, que de discours tu as écrits, que de prises de parole, que de porte-à-porte tu auras faits… 

Cette vie militante intense ne pouvait pas être possible sans le soutien ton homme qui milite de son côté, à la CGT. Tu as d’ailleurs toujours pensé que l’action syndicale et l’action politique étaient complémentaires. Tu étais toi-même syndiquée au syndicat CGT de l’hôpital d’Abbeville où tu as exercé ton métier de psychologue. 

Dans les réunions tu suscitais le débat, tu mettais les camarades en confiance, tu essayais toujours de faire émerger le meilleur de chacun… tu ne t’imposais pas, tu n’en imposais pas.

C’est une grande chance pour nous d’avoir pu nous enrichir à ton contact.

Avec Claude, tu étais toujours disponible pour apporter ton soutien quand l’un d’entre-nous avait des difficultés. 

Femme de conviction, tu as été de toutes les manifestations à Abbeville, à Amiens et à Paris… de tous les combats pour la justice et la sécurité sociale, pour la défense de l’école, la Poste, l’hôpital public… mais également contre le racisme, la xénophobie et l’homophobie, les inégalités homme/femmes… Tes derniers engagements ont été l’organisation d’un débat à Abbeville contre l’idéologie du Front National et le soutien à la lutte contre l’implantation de la ferme-usine laitière de Drucat-le-Plessiel. Il y a un petit peu plus d’un mois, tu faisais encore la campagne pour les élections départementales.

Les communistes perdent une exceptionnelle camarade, d’une grande intelligence et cultivée. Tu lisais beaucoup et aimais aussi écrire de beaux textes pour diverses occasions.

Abbeville et notre région, perdent une importante personnalité.

Chantal et camarade sont des mots qui vont si bien ensemble !

Merci Chantal pour tout ce que tu as fait, pour tout ce que tu as partagé, pour ton combat inlassable en vue d’un monde meilleur.

 

C'est la lutte finale, Groupons nous et demain,

l'Internationale sera le genre humain.

 
 

Hommage de Thierry Aury, secrétaire régional du PCF Picardie

 

Cher Claude, Chère Haydée, Chère Muriel, et toute la famille,

Chers amis, chers camarades,

Merci de me donner l’occasion à mon tour, de dire combien Chantal Leblanc, a compté dans notre vie, dans nos luttes, dans nos espoirs d’un monde et d’une société meilleurs !

Et je voudrais apporter ici le témoignage de la sympathie de tous les communistes de Picardie et plus largement de ceux de France au nom de Pierre Laurent qui ne pouvait être parmi nous aujourd’hui mais partage notre tristesse à tous.

Nous venons d’entendre « le Chiffon rouge » chanson créée en 1977 par Michel Fugain et qui a ponctué depuis tant de nos rassemblements, de nos manifestations, devenu un véritable hymne des Jeunesses communistes et plus largement de toutes les luttes sociales, une chanson dont les paroles symbolisent si bien des traits essentiels du parcours de Chantal : 

 

Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge, lève-toi il est temps 

Car le monde sera ce que tu le feras, plein d’amour, de justice et de joie.

 

Chantal s’était levée il y a bien longtemps déjà, dès sa jeunesse, et est restée jusqu’à ses derniers jours, une femme debout, une femme qui avait pris sa vie en mains et appelait toutes ses sœurs et tous ses frères humains à en faire autant. Elle semblait mettre en œuvre ces vers d’Eluard : 

 

Nous fuirons le repos nous fuirons le sommeil

Nous prendrons de vitesse l’aube et le printemps

Et nous préparerons des jours et des saisons

À la mesure de nos rêves.

 

J’avais 17 ans et j’étais étudiant à Amiens quand Chantal a été élue députée et l’image de cette femme, jeune, combative, bousculant tous les conformismes, y compris en voulant rentrer en jean à l’Assemblée Nationale, de cette militante accédant aux plus hautes responsabilités tout en restant simple et accessible à tous, était enthousiasmante, pour les jeunes communistes que nous étions.

Et il est finalement assez incroyable qu’après tant d’années, ce soit cette image qui soit restée dans tant de têtes car Chantal était demeurée cette jeune femme, chaleureuse, d’une modestie formidable malgré tous les mandats et responsabilités exercés, profondément fidèle à son idéal d’un monde et d’une société débarrassée de toutes les exploitations, les oppressions, les dominations.

Alors que certains ont voulu oser cette comparaison insupportable entre les discours de l’extrême droite et les tracts du PCF des années 1970, je veux dire haut et fort que le Parti communiste des années 1970, c’était aussi des femmes, des militantes comme Chantal Leblanc, à la pointe de tous les combats pour la libération humaine et faisant entrer au Parlement la voix du peuple de cette circonscription ouvrière d’Abbeville où elle gagna au fil des années un respect unanime.

Je veux dire aussi, alors qu’une série de scandales et d’affaires éclaboussent malheureusement un certain nombre de dirigeants politiques et alimentent l’idée du « tous pourris » et pire encore l’idée qu’il n’y aurait finalement aucun engagement sincère et désintéressé dans la vie politique mais aussi syndicale et associative, que nous devons, nous devrons tous conserver précieusement et faire connaitre l’image et l’exemple de Chantal, cette femme intègre, droite, honnête et franche, qui rendait au mot « politique », toutes ses lettres de noblesse et surtout son sens profond, de l’action pour l’intérêt commun, pour l’amélioration de la vie de la cité humaine.

Mais, et c’est  certainement une grande leçon à retenir, Chantal ne s’est jamais considérée « au-dessus des autres », « différente des autres » mais est toujours demeurée au milieu des autres.

Et quand aux Législatives de 1981, malgré un très beau résultat, en progrès sur 1978, elle fut devancée - petite ingratitude de l’histoire pour celle qui avait tant œuvrée au changement - c’est naturellement qu’elle avait repris son travail de psychologue, devant même travailler plus loin de chez elle qu’auparavant puisqu’on ne lui avait pas réattribué – mesquine revanche - son poste antérieur !

Oui, c’est vraiment un bonheur d’avoir pu côtoyer Chantal et d’avoir fait des bouts de chemin militants avec elle, tant elle représentait le meilleur de ce que nous attendons d’un élu, d’un responsable, d’un militant.

Ce meilleur, c’était aussi ce rapport simple avec les autres : Chantal, c’était toujours, dans le débat public comme dans les réunions internes du Parti, le parler-vrai, direct, sans détours, ni arrière-pensées, mais jamais non plus de manière tonitruante, jamais « béni oui-oui » mais faisant toujours appel à l’intelligence et à la réflexion, et à tout ce qui pouvait faire progresser le débat collectif, avec comme seul objectif, l’intérêt général. 

J’avais toujours plaisir à la rencontrer, à échanger avec elle et beaucoup de souvenirs me reviennent : comme en 2010 lors de cette campagne - pas simple ! - des Régionales où je conduisais la liste du Front de gauche en Picardie. Il faisait froid, il pleuvait mais Chantal m’avait accueilli les bras ouverts, avec son formidable sourire et sa chaleur humaine, et nous étions allés aux portes des entreprises et des supermarchés, où elle m’avait présenté à celles et ceux très nombreux qu’elle connaissait.

Cet engagement permanent aux côtés des autres, et sur toutes les causes qui lui semblaient la peine d’être défendues, ce fut aussi sa participation active à l’action contre ce projet des « 1000 vaches » où, avec Michel Guillochon et d’autres, elle perçut rapidement combien il symbolisait un monde où la folie de la recherche de la rentabilité financière à n’importe quel prix, transformait les fermes en usine et les vaches en machines à produire de la merde !

Elle avait contribué à l’engagement de tout le PCF, de ses parlementaires, du journal l’Humanité sur cette question - et nous étions retrouvés encore il y a quelques mois, à Amiens, pour soutenir les militants de la Confédération Paysanne, injustement poursuivis pour leur opposition à ce projet, et je sais qu’elle sera avec nous le 17 juin prochain, à Amiens, pour les soutenir encore. 

Comme elle sera avec nous, dans tous les combats que nous allons continuer de mener, pour faire vivre ce beau mot d’ordre qu’on aurait cru écrit pour elle : « l’humain d’abord », pour la dignité et l’épanouissement de chaque être humain, ici et sur toute la planète, pour construire ce « monde plein d’amour, de justice et de joie » auquel, comme Chantal nous aspirons toutes et tous. 

Et pour conclure, je voudrais vous lire ces quelques vers du dirigeant communiste vietnamien Ho Chi Minh, héros de l’indépendance de son pays, mais lui aussi à la modestie et la simplicité légendaire.

Et ce sera aussi un clin d’œil à ce combat contre la guerre au Vietnam par lequel Chantal, avec Claude, vint au communisme :

 

La borne kilométrique

Rien de grand, d’extraordinaire,

D’impérial ou de princier :

Rien qu’un modeste bloc de pierre

Au bord de la chaussée.

Les gens te demandent la route

Pour ne pas s’égarer,

Tu montres à chacun la route,

La longueur du trajet.

Ce n’est pas rien, petite pierre !

Nul ne pourra t’oublier.

 

 

Le Courrier picard du 6 mai 2015

20150506-CP-Abbeville-Dernier hommage à Chantal Leblanc, militante humaniste [édition Picardie maritime]

Le Courrier picard du 6 mai 2015

20150506-CP-Abbeville-Dernier hommage à une militante, Chantal Leblanc [pages régionales]

Le Courrier picard du 2 mai 2015

20150502-CP-Abbeville-« Porte-parole des sans », Chantal Leblanc est décédée

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20150502-CP-Somme-La disparition brutale de Chantal Leblanc

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20150502-CP-Picardie maritime-Des manifestants en moins, des hommages en plus

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« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)