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20171120-L'Huma-France-Le PCF se donne les moyens d'une « Rêvolution »

Le PCF se donne les moyens d’une « Rêvolution »

 

Rassemblés samedi à Paris, 900 animateurs de section du PCF ont opté pour la tenue d’un congrès à l’automne 2018 et se sont dotés d’une feuille de route, adoptée à 72,8 % des voix.

La « Rêvolution » aura lieu en novembre 2018. Ainsi en ont décidé plus de 900 communistes réunis à la Cité des sciences, à Paris, ce samedi. Ce n’est pas la date du grand soir mais celle du « congrès extraordinaire » du Parti communiste français (PCF), pour lequel l’Assemblée nationale de ses animateurs de section a adopté ce week-end, à 72,8%, une « feuille de route », dotée du slogan « notre Rêvolution ». Elle a été élaborée à partir des 13 843 questionnaires recueillis depuis septembre et des comptes-rendus d’assemblées locales. Ce congrès « sera extraordinaire, il comptera dans l’histoire de notre parti, s’il permet de relever le défi de la relance politique de notre combat, s’il place à nouveau notre parti, nos idées communistes à l’offensive, au service de la société, de la riposte face à Macron, de la construction d’une alternative politique de transformation sociale dont notre pays a tant besoin et à laquelle, au fond, il aspire », a prévenu, dès le début des travaux, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent.

« On doit sortir de l’improvisation permanente »

Dans les travées de l’amphithéâtre où ils se sont réunis l’après-midi ou à l’heure de la pause, ce constat réunit les communistes après une année électorale difficile, et alors que l’avalanche de mauvais coups du pouvoir se poursuit. « Ce qui est frustrant c’est que nous avons une force de frappe énorme mais dispersée, estime Thibaut Bize, venu du Doubs. On a des militants, des parlementaires, mais on n’arrive pas à mettre tout ça en musique. » Pour Baptiste Giron, un adhérent du Puy-de-Dôme, ce n’est pas étonnant : « Depuis des années, nous n’avons pas fait de vrai travail d’analyse. On doit redevenir un parti d’ampleur nationale, reconstruire du bas vers le haut et vice versa, sortir de l’improvisation permanente », juge-t-il. Parmi les questions à travailler, lui relève celle du « monde du travail atomisé du fait de la désindustrialisation, de l’ubérisation, de la précarisation ». D’ailleurs, l’assemblée du week-end a engagé le PCF à se pencher de près sur « l’analyse de l’état de la société française (et) notamment sur les conditions de la lutte des classes ».

Se laisser le temps d’une démarche qui sort des sentiers battus

Reste que dans la salle le calendrier fait débat. « Il faut permettre le débat maximal, on a aussi besoin d’un Parti communiste en ordre de marche. Peut-on atteindre novembre ? » interroge l’économiste Frédéric Boccara estimant que « le motif de (ce) congrès est (l’)échec électoral historique malgré le groupe sauvé (à l’Assemblée). Un bilan et une réorientation profonde sont nécessaires » notamment « sur les campagnes pas tenues » du PCF. « Il nous faut un congrès au plus vite pour un PCF en ordre de marche à la rentrée sociale 2018 », renchérit Pierre Lacaze, responsable de la fédération de Haute-Garonne. Mais pour d’autres, à l’instar de Pierre Laurent, se laisser le temps d’une démarche qui sort des sentiers battus est fondamental. « Nous sommes sortis du centralisme plus ou moins démocratique pour une confrontation de tendances elles aussi très centralisées. La proposition de la commission (chargée de formuler la feuille de route à partir de la consultation des adhérents – NDLR) est raccord avec la volonté de faire de la démocratie notre but et notre moyen », avance Martine Perez (Aveyron).

Le texte adopté au final, après quelques modifications issues d’un travail en petits groupes le matin, prévoit une première phase (de décembre à mai 2018) « de travail et d’action sur la base d’un bilan de la période écoulée ». Elle se déclinera en « chantiers ouverts à tous les adhérents qui le désirent » et animés par des équipes nationales (désignées lors d’un conseil national le 1er décembre). C’est seulement ensuite que s’ouvrira une phase plus classique de congrès avec l’élaboration d’un texte d’orientation et la possibilité de présenter des textes alternatifs avant un vote des adhérents puis un travail d’amendements. L’objectif ? « L’expérimentation sociale de notre démarche politique, explique Pierre Laurent. (Elle) doit faire partie de notre réflexion dans tous les domaines, de nos débats de congrès. Avec la richesse de nos militants, de nos élus dans toutes les collectivités, l’expérimentation de nouvelles formes d’action et d’organisation est possible », ajoute le dirigeant communiste. Cette première étape, qui reprend les trois grands thèmes déjà sur la table (sur le sens du combat communiste, la stratégie et les transformations du PCF) auxquels s’ajoutent les élections européennes de 2019 (lire encadré), sera jalonnée de nombreux rendez-vous en écho aux priorités thématiques définies par la consultation des adhérents. La « lutte contre le coût du capital et les inégalités » (73,22 %), « la révolution du travail » (46,91 %) et « l’écologie » (34,01 %) y sont arrivées en tête. Le féminisme et la lutte contre le racisme, moins citées, se sont également invités samedi à l’ordre du jour. Des « assises communistes pour l’écologie » doivent ainsi avoir lieu en mai, les « troisièmes états généraux du numérique », en mars, ou encore un premier rendez-vous des « états généraux du progrès social » le 3 février. Ces derniers ne seront pas « une initiative en plus, mais devront se nourrir de toutes les luttes locales », a expliqué Igor Zamichiei, coordinateur du comité du projet. « La responsabilité des forces de gauche qui contestent la politique du président n’est pas de distribuer les bons ou les mauvais points, mais d’agir avec les forces syndicales dans le respect des rôles de chacun, en complémentarité, pour unir les salariés. Et surtout de donner des perspectives à ces luttes. C’est tout le sens de ces états généraux », a également déclaré le responsable du PCF Paris en référence aux récents propos de Jean-Luc Mélenchon.

L’objectif de ne pas juste résister mais de gagner de vraies luttes

Dans ce contexte, l’ambition de se rendre « plus audible » est régulièrement abordée ce samedi. « On en a marre d’entendre qu’on est moribonds, confie Sylvie Relland. On a des propositions et un ancrage mais il nous faut trouver les moyens d’être plus visibles, plus présents, plus crédibles. » Pour cette militante de Caen (Calvados), même si le sujet est parfois revenu sur le tapis samedi, « la page du vote serré pour désigner le candidat à la présidentielle est tournée. Maintenant, il faut nous projeter vers l’avenir ». Et pour cela, le cœur du problème, selon Mohamed Itrisso, des Bouches-du-Rhône, est de retrouver « le terrain quitté il y a pas mal de temps au profit du Front national. Il ne faut pas juste résister mais gagner de vraies luttes, faire en sorte que les citoyens se prennent en main alors que beaucoup ont pu être pris un temps dans l’illusion Macron ». Mais d’après le Marseillais, il y a un préalable qui nécessite de « renouer avec la base » : « savoir qui nous sommes. Une fois qu’on aura une vraie feuille de route qui nous identifie, on pourra la donner à voir dans les quartiers ».

En attendant, le PCF entend s’attaquer, au nombre de ses chantiers, à ses propres transformations, notamment sur sa communication ou sur de nouveaux « modèles d’organisation ». À cet égard, peu de militants ont regretté samedi que « la forme parti ne soit pas interrogée », comme l’a relevé Anna Meyroune, l’une des signataires de l’appel « Front commun », qui milite pour la création d’un nouveau cadre de rassemblement politique.

D’autres, en revanche, comme Marie-Christine Burricand, ont demandé à inscrire à l’ordre du jour un « chapitre à part entière sur le bilan stratégique qui doit remonter jusqu’au congrès de Martigues, celui de la théorisation de (l’)effacement » du PCF. S’il ne s’engage pas à revenir aux années 2000, le document adopté promet « une proposition d’orientation » en matière de stratégie sur « la base d’un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle ». « L’analyse sera faite, le bilan sera débattu, les leçons tirées, sans concession, sans faux-fuyant, qu’il concerne notre responsabilité collective, comme nos responsabilités individuelles, en commençant par celle du secrétaire national », a promis Pierre Laurent, qui « sera toujours là » à l’issue du congrès, sans préciser encore à quel poste de responsabilité.

« Construire dans les luttes les bases d’une politique alternative »

Face à une offensive libérale qui vise « un âge post-démocratique, où la concentration des pouvoirs et des richesses devient en quelque sorte une règle d’or au nom de l’efficacité », d’après le sénateur de Paris, le PCF ne restera pas l’arme au pied en attendant novembre de l’année prochaine. Outre un calendrier fourni en vue de leur congrès, les adhérents ont appelé samedi « l’ensemble des communistes à intensifier partout, dans tous les domaines, la contestation de la politique du pouvoir Macron, et à construire dans les luttes les bases d’une politique alternative ». Tout au long de l’année, ils entendent aussi développer « les solidarités concrètes ». « Nous sommes le parti des solidarités concrètes et tous ces actes sont en lien avec la société que nous voulons construire. Nous vendons des fruits et légumes parce que nous voulons une autre politique de producteurs à consommateurs, nous organisons des distributions de fournitures scolaires parce que nous voulons une école gratuite, nous organisons la solidarité avec les migrants parce que nous défendons la fraternité et un pays ouvert… », a insisté, au micro, Cécile Dumas (Alpes-Maritimes). Si le bulldozer libéral en marche les motive à se « réinventer » pour proposer une autre voie, il incite aussi les militants à multiplier les luttes sur tous les fronts. « Nous décidons d’amplifier nos campagnes contre le coût du capital, pour une autre utilisation des richesses et à faire des états généraux du progrès social, le 3 février 2018 à Paris, un carrefour de convergences de toutes ces luttes », écrivent-ils en vue de la « construction d’une plateforme de rassemblement alternative au pouvoir de Macron et à la politique de son gouvernement ». En fin de journée, les délégués ont d’ailleurs repris la route avec, pour passer aux actes, des « cahiers du progrès social » dans leur valise. « Nous on ne s’avoue pas vaincus, explique Mohamed Itrisso. On ne donne pas le point à Macron. Comme au foot, tant que l’arbitre n’a pas sifflé, le match continue. » Et les communistes ne s’estiment pas hors jeu.

Julia Hamlaoui

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« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)