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Corentin Cariou, Baptiste Réchossière et Pierre Rigaud, résistants fusillés le 7 mars 1942 à Moulin-sous-Touvent

Quelques après leurs 3 trois camarades internés eux aussi au camp de Royallieu à Compiègne, Corentin Cariou, Baptiste Réchossière et Pierre Rigaud furent à leur tour fusillés le 7 mars 1942, suite à un attentat commis à Paris le 1er mars.

 

Corentin Marie CARIOU

Né le 12 décembre 1898 à Loctudy (Finistère), Corentin Cariou était aide de forge, puis aide-ajusteur à la société du Gaz de Paris.

Il passa sa jeunesse dans un milieu de marins pêcheurs bretons et fut lui-même marin dès l’âge de douze ans et demi jusqu’à dix-huit ans, avant de faire son service militaire dans la marine sur le Jeanne-d’Arc, le torpilleur Sakalave et le cuirassé Le Courbet.

Libéré à vingt-et-un ans, il fut marin pêcheur pendant deux ans puis décida d’aller chercher du travail à Paris en 1923, à la suite de la mort de ses parents. C’est par son frère Jean Cariou, ouvrier à la société du Gaz de Paris, qu’il entra dans cette société où travaillaient de nombreux Bretons, comme aide de forge à l’usine des goudrons de Villette. Il fut titularisé en 1925 et passa plus tard aide-ajusteur.

Corentin Cariou fut syndicaliste, membre du Comité Central du parti communiste (1932-1936), élu conseiller général de la Seine et conseiller municipal de Paris à l’élection partielle du 27 mars 1938 dans le XIXe arrondissement représentant alors le quartier Pont-de-Flandre.

En septembre 1939, il ne fut pas mobilisé comme d’autres militants. Son ordre de mobilisation arriva le 23 décembre 1939, date à laquelle il fut à la fois mobilisé et interné administrativement au camp de Baillet (Seine-et-Oise).

Le 21 janvier 1940, le consul de préfecture le déchoit de son mandat d’élu pour appartenance au Parti communiste français alors interdit par le gouvernement.

Le 12 janvier 1940, il est transféré à La Ferté-Saint-Benoît (Seine-et-Oise) dans la 1re compagnie spéciale, puis le 23 mars 1940 à Bourg-Lastic où il fut incorporé dans la 2e compagnie spéciale de travailleurs créée dans ce camp d’internement.

Il s’évade, gagne Lyon (Rhône) et profite de la débâcle pour se faire démobiliser légalement. Il rejoint alors sa femme et sa fille en Bretagne puis retourne avec elles à Paris dans le XIXe arrondissement où le Parti communiste clandestin lui confie des responsabilités.

Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police et envoyé au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) ; sa participation, au côté de Jean Duflot, notamment à un mouvement d’indiscipline, le fait incarcérer le 6 avril 1941 à la maison centrale de Poissy (Seine-et-Oise, Yvelines).

Le 8 mai 1941, il est dirigé sur le centre de séjour surveillé de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Le 7 février 1942, le transfert de Corentin Cariou sera décidé et il sera interné au camp de Royallieu à Compiègne à partir du 9 février 1942.

Le 7 mars 1942, à la suite de l’attentat commis à Paris le 1er mars 1942 au 41 rue de Tanger dans le XIXe arrondissement, Corentin Cariou sera fusillé à 12 h 30 dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise) en compagnie de Baptiste Réchossière et de Pierre Rigaud. Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et au cimetière communal de Carlepont. Une plaque commémorative située à proximité de la Cité des Sciences et de l’Industrie à la Porte-de-la-Villette évoque sa mémoire.

Enterré dans un premier temps dans le cimetière communal de Cuts (Oise), il sera inhumé de nouveau le 1er novembre 1945 dans une tombe commune au cimetière du Père-Lachaise, près du mur des Fédérés.

Le Parti communiste organisa une cérémonie place de la République et des obsèques solennelles pour les sept élus de Paris victimes du nazisme. Une avenue du XIXe arrondissement qui commence au Pont-de-Flandre porte le nom de Corentin Cariou. À cet endroit se trouve la station de métro de la ligne 7 portant également le nom de cet otage fusillé par les Allemands le 7 mars 1942.

 

Baptiste, Léopold RÉCHOSSIÈRE

Né le 24 octobre 1900 à Gros-Chastang (Corrèze), Baptiste Réchossière était depuis 1923 contrôleur à la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne (STCRP) – ancêtre de la RATP –,militant syndicaliste de la Confédération Générale du Travail (CGT), militant communiste d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) où il résidait au 38 rue du Moutier.

Il fut secrétaire de la cellule communiste qu’il créa au dépôt d’Aubervilliers et participa à différents mouvements de grève.

Il fut soupçonné de distribuer des tracts pour le Parti communiste, son domicile fut perquisitionné en septembre 1939 et en février 1940. Il quitta la STCRP en février 1941 et fut arrêté le 20 mars 1941 par la police française. Le 10 avril 1941, il fut interné au camp d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) où il tenta de reconstituer une cellule communiste.

Considéré comme un agitateur dangereux, il fut transféré à la maison d’arrêt de Rambouillet (Seine-et-Oise, Yvelines) puis au centre de Gaillon (Eure), avant d’être transféré au Stalag 122 de Royallieu à Compiègne.

Suite à l’attentat du dimanche 1er mars 1942 au 41 rue de Tanger (XIXe arrondissement), Baptiste Réchossière sera fusillé le 7 mars 1942 dans le bois des Zouaves, sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise), en compagnie de Corentin Cariou et de Pierre Rigaud. Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et du cimetière communal de Carlepont où son nom est orthographié « Rechaussière » ainsi que son prénom indiqué en « J B » pour Jean-Baptiste alors que l’acte d’état-civil mentionne bien « Baptiste Léopold Réchossière ».

Son nom figure également sur les monuments aux morts d’Aubervilliers et de Gros-Chastang et sur la plaque commémorative à l’entrée du dépôt de la RATP de Pantin.

 

Pierre, Jean, Charles Rigaud, dit Pierre LESAGE

Né le 5 novembre 1910 à Paris XVIIIe arrondissement, ouvrier et dessinateur industriel dans la construction électrique de France (CEF), dirigeant de la Jeunesse communiste (JC), à Paris et Lyon.

Orphelin de père à l’âge de cinq ans, Pierre Rigaud suivit jusqu’en 1926 un enseignement professionnel dans la branche mécanique – ajustage à l’école pratique d’Évreux (Eure), puis à l’école de la Martinière à Lyon (Rhône).

Pour des raisons financières, il doit abandonner ses études et tente de suivre plusieurs fois des cours professionnels soit du soir (électricité), soit par correspondance (école des travaux publics, école centrale de TSF et cours sur les moteurs d’avions et de la résistance des matériaux). Pierre Rigaud adhère aux Jeunesses communistes en avril 1928 et devient secrétaire de la cellule de la jeunesse communiste de Villeurbanne (Rhône) en décembre 1928, puis membre du comité du secteur de Lyon ; en mars 1930 il est secrétaire permanent de la région lyonnaise. Il travailla dans différentes usines de construction électrique de la région lyonnaise, en particulier à Villeurbanne de 1926 à 1929.

Il fut licencié pour ses activités de militant notamment en mars 1929 où il fut renvoyé de la SCE, puis fin avril 1929 de chez Pétrier-Tissot. De mai 1929 à mars 1930, il travailla à l’usine de carburateurs Zénith à Lyon. Pendant cette période, il participa à de nombreuses grèves ou manifestations de rue.

Pierre Rigaud fut arrêté début juillet 1930 au Chambon-Feugerolles (Loire) et fit dix jours de détention préventive. Il fut poursuivi pour son action contre la guerre, sujet sur lequel il écrivit plusieurs articles. Il milita aussi dans la CGTU au syndicat des métaux de Lyon, où il devint membre de la commission exécutive, et exerça les fonctions de secrétaire des jeunes syndiqués des métaux de Lyon, puis ceux de l’UR-CGTU d’avril 1929 à mars 1930.

En avril 1931 il fut appelé à Paris en tant que membre permanent du bureau de la Fédération des Jeunesses communistes ; responsable du travail antimilitariste, il fut, dit-il « par cette branche lié au groupe Barbé-Billoux » .

Ayant la responsabilité du journal L’Avant-Garde, il fit de fréquentes tournées en province.

Fin 1934 il fut envoyé à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), où, dessinateur industriel dans l’entreprise Bréguet, il participa à la création de cellules communistes.

En décembre 1935, il devint permanent et eut la charge du secrétariat particulier de Maurice Thorez, qu’il conserva jusqu’à la guerre. Il habitait alors à Ivry-sur-Seine (Seine-et-Marne) dans les « HLM », 40 rue Marat.

Réformé, Pierre Rigaud fut néanmoins mobilisé en 1939 à Nîmes (Gard) et servit dans un régiment d’artillerie coloniale.

Démobilisé en août 1940, il retrouva sa place dans l’entreprise Panhard, qui l’avait embauché au lendemain de la dissolution du Parti communiste.

Il fut arrêté le 5 octobre 1940 sur son lieu de travail pour propagande clandestine, mais aussi pour avoir été le secrétaire de Maurice Thorez. Il fut interné successivement à Fontevrault-l’Abbaye (Maine-et-Loire), à Clairvaux (Aube) puis en avril 1941 à Châteaubriant où il tint un journal de la vie du camp connu sous le nom de camp de Choisel. Le7 févier 1942 à 7 h 00 du matin, plusieurs internés du camp de Choisel à Châteaubriant sont prévenus d’un transfert immédiat au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise). Pierre Rigaud, Corentin Cariou et Louis Thorez (frère cadet de Maurice Thorez) font partie de ces internés du camp « 8.1 » qui vont être transférés.

Le 7 mars 1942, à la suite de l’attentat commis à Paris le 1er mars 1942 au 41 rue de Tanger dans le XIXe arrondissement, Pierre Rigaud sera fusillé à 12 h 30 dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent, en compagnie de Baptiste Réchossière et de Corentin Cariou.

Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et du cimetière communal de Carlepont. Le nom de Pierre Rigaud a été donné à la rue Alexandre-Pilleaud le 20 juin 1945 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Pierre Rigaud fut celui qui, par les notes qu’il a laissées, permit à Louis Aragon d’écrire un texte clandestin en 1942 signé « le Témoin » sur les martyrs de Châteaubriant.

 

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En 1942, en représailles à un attentat organisé à Rouen le 4 février, Léon Durville, Arthur Lefebvre et Émile Michaud furent fusillés le 21 février dans le bois des Zouaves, à Moulin-sous-Touvent, après avoir été internés au camp de Royallieu-Compiègne.

 

Voici quelques éléments de leur biographie :

 

Léon DURVILLE

Né le 19 juillet 1880 à Soissons (Aisne), Léon Durville était le fils d’un manouvrier. Domicilié au 38 avenue Voltaire à Soissons, il exerçait la profession de marchand forain, mais était aussi répertorié comme hôtelier.

Soupçonné d’être le secrétaire de la cellule communiste de Soissons, il figurait sur une liste des communistes notoires qui seront pris comme otage par la Kreiskommandantur (État-major exerçant son pouvoir au niveau d'un arrondissement) de Soissons au cas où des incidents surviendraient dans la ville (Liste 36bis).

Le 29 septembre 1941, un attentat est organisé à Courmelles (Aisne) contre une sentinelle allemande de garde à la porte de la Standortkommandantur (poste de commandement local), juste avant le lever du jour.

Dans la nuit du 29 au 30 septembre 1941, dix-sept militants communistes ou supposés tels du secteur sont arrêtés à leur domicile par la Feldgendarmerie (police militaire allemande), pris en représailles comme otages, parmi lesquels Léon Busarello, Jean Guier, Émile Maillard, Gabriel Duponchelle, Henry Malheurty, Charles Del Nero.

Ces dix-sept hommes sont conduits à la caserne Charpentier de Soissons, avant d’être transférés au camp de Royallieu à Compiègne. Parmi ces dix-sept hommes, onze d’entre eux seront relâchés plusieurs mois après, en mars 1942 ; Henry Malheurty, après bien des démarches de sa femme, sera libéré le 14 décembre 1942.

Quatre de ces hommes seront déportés le 6 juillet 1942 et mourront à Auschwitz : Jean Guier, Charles Delnero, Émile Maillard et Léon Busarello. Le sort de Léon Durville se décida suite à l’attentat du 4 février 1942 commis à Rouen contre deux militaires allemands.

Le 20 février 1942, Léon Durville se confectionne une canne qu’il sculpte au couteau, lorsque deux sous-officiers allemands viennent le voir pour lui demander de préparer ses affaires, prétextant un transfert au Val-de-Grâce à Paris. Léon Durville comprend et, en se tournant vers les deux sous-officiers, il leur dit : « Il faut savoir mourir proprement, vous attendrez bien que je fasse ma toilette. »

Quand les Allemands viendront le chercher, il dira en franchissant la porte : « Dites bien à tous que je saurai mourir courageusement. »

Le 21 février 1942 au petit matin, Léon Durville sera fusillé dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise), en compagnie d’Arthur Lefebvre et d’Émile Michaud.

Inhumé dans le cimetière communal de Carlepont (Oise) dans un premier temps, son corps sera transféré et inhumé à nouveau en mai 1945 dans sa ville natale, Soissons (Aisne) auprès de sa femme, selon ses dernières volontés indiquées dans sa dernière lettre. Son nom est inscrit sur le monument qui, à l’origine, était érigé dans le bois des Zouaves sur le lieu même de l’exécution, sur une stèle située dans le cimetière de Carlepont à l’endroit de la première inhumation et sur le monument aux morts de la ville de Soissons.

 

Arthur LEFEBVRE

Né le 14 mai 1896 à Caudry (Nord), Arthur Lefebvre était ouvrier mécanicien (ajusteur), ancien combattant de la Première Guerre mondiale ; il travailla dès sa démobilisation pendant quelques années dans une usine de la région parisienne, mais fut licencié pour ses idées de gauche et vint s’installer à Rouen.

Six mois après son arrivée, il entre aux chantiers de Normandie (Rouen) jusqu’en 1939 où il fut également licencié en raison de ses idées politiques, il est alors militant communiste. Mobilisé en 1939, il fut réformé pour raison de santé.

En 1940, il hébergea chez lui des militants clandestins (Suzanne Costentin et Francis Lemonnier) et imprima à son domicile, avec sa femme Marie-Louise et Lucie Guérin (femme politique française, membre du PCF et députée 1945-1946), le journal clandestin La Vérité diffusé dans toute la région que rédigeait André Pican. Le 20 novembre 1940, « par dénonciation », il fut arrêté à son domicile situé à Montigny, commune de Saint-Martin-de-Roscherville (Seine-Inférieure), village proche de Rouen.

Il fut incarcéré à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen ; le tribunal correctionnel de cette ville le condamna à deux ans d’emprisonnement le 20 février 1941. La cour d’appel de Rouen, réunie le 26 mars 1941, transforma cette peine en treize mois de prison et 100 francs d’amende. Livré aux autorités allemandes, il fut transféré au cours de cette détention le 8 janvier 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Oise).

Le 21 février 1942, au petit matin, Arthur Lefebvre sera fusillé dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise) en compagnie de Léon Durville et d’Émile Michaud. Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et du cimetière communal de Carlepont. En 1946, la Fédération de la Seine-Inférieure du Parti communiste français rendit hommage dans la ville de Maromme (proche de Rouen) à trois fusillés : André Pican, Arthur Lefebvre et Raymond Duflo.

Arthur Lefebvre fut inhumé en 1946 à Maromme et dans le village de Montigny où il possédait sa maison, son nom est gravé sur le monument aux morts. À Rouen, 33 place du Général-de-Gaulle, dans la cour du PCF, son nom est inscrit sur le monument commémoratif qui honore les 218 victimes de la Seconde Guerre mondiale.

Reconnu mort pour la France, il fut admis à la mention d’interné politique, mais refusé à celle d’interné résistant.

 

Émile MICHAUD

Né le 18 janvier 1901 à Paris dans le XXe arrondissement, Émile Michaud était le fils de Joseph Michaud, homme de peine, et de Henriette Joncourt, ménagère. Il se maria à Sevran (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis) le 28 février 1925 avec Élisabeth Offermans, puis à Paris dans le IIIe arrondissement le 17 décembre 1927 avec Marie Priolet.

Émile Michaud résidait à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) au 12 bis avenue Ballard quand il fut arrêté le 20 octobre 1941 par la gendarmerie de Pantin, pour propagande anti-allemande et emprisonné à la prison du Cherche-Midi, à Paris au n° 38 rue du Cherche-Midi, dans le VIe arrondissement.

À la suite de l’attentat de Rouen contre deux soldats allemands le 4 février 1942, Émile Michaud sera transféré comme otage au camp de Royallieu à Compiègne (Oise).

Le 21 février 1942, au petit matin, il sera fusillé dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise) en compagnie de Léon Durville et de Arthur Lefebvre. Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et du cimetière communal de Carlepont.

Le samedi 22 mai 2010, les membres du journal Châteaubriant, journal de l’Association Nationale des familles des fusillés et massacrés de la Résistance française et de leurs amis, sont venus en commémoration rendre « un hommage solennel aux six patriotes », fusillés en 1942 par les Allemands, et notamment à Émile Michaud.

 

En effet, quelques jours plus tard, le 7 mars 1942, ce sont Corentin Cariou, Baptiste Réchossière et Pierre Rigaud qui furent exécutés au même endroit, en raison d'un autre attentat à Paris le 1er mars.

 

Corentin Marie CARIOU

Né le 12 décembre 1898 à Loctudy (Finistère), Corentin Cariou était aide de forge, puis aide-ajusteur à la société du Gaz de Paris.

Il passa sa jeunesse dans un milieu de marins pêcheurs bretons et fut lui-même marin dès l’âge de douze ans et demi jusqu’à dix-huit ans, avant de faire son service militaire dans la marine sur le Jeanne-d’Arc, le torpilleur Sakalave et le cuirassé Le Courbet.

Libéré à vingt-et-un ans, il fut marin pêcheur pendant deux ans puis décida d’aller chercher du travail à Paris en 1923, à la suite de la mort de ses parents. C’est par son frère Jean Cariou, ouvrier à la société du Gaz de Paris, qu’il entra dans cette société où travaillaient de nombreux Bretons, comme aide de forge à l’usine des goudrons de Villette. Il fut titularisé en 1925 et passa plus tard aide-ajusteur.

Corentin Cariou fut syndicaliste, membre du Comité Central du parti communiste (1932-1936), élu conseiller général de la Seine et conseiller municipal de Paris à l’élection partielle du 27 mars 1938 dans le XIXe arrondissement représentant alors le quartier Pont-de-Flandre.

En septembre 1939, il ne fut pas mobilisé comme d’autres militants. Son ordre de mobilisation arriva le 23 décembre 1939, date à laquelle il fut à la fois mobilisé et interné administrativement au camp de Baillet (Seine-et-Oise).

Le 21 janvier 1940, le consul de préfecture le déchoit de son mandat d’élu pour appartenance au Parti communiste français alors interdit par le gouvernement.

Le 12 janvier 1940, il est transféré à La Ferté-Saint-Benoît (Seine-et-Oise) dans la 1re compagnie spéciale, puis le 23 mars 1940 à Bourg-Lastic où il fut incorporé dans la 2e compagnie spéciale de travailleurs créée dans ce camp d’internement.

Il s’évade, gagne Lyon (Rhône) et profite de la débâcle pour se faire démobiliser légalement. Il rejoint alors sa femme et sa fille en Bretagne puis retourne avec elles à Paris dans le XIXe arrondissement où le Parti communiste clandestin lui confie des responsabilités.

Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police et envoyé au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) ; sa participation, au côté de Jean Duflot, notamment à un mouvement d’indiscipline, le fait incarcérer le 6 avril 1941 à la maison centrale de Poissy (Seine-et-Oise, Yvelines).

Le 8 mai 1941, il est dirigé sur le centre de séjour surveillé de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Le 7 février 1942, le transfert de Corentin Cariou sera décidé et il sera interné au camp de Royallieu à Compiègne à partir du 9 février 1942.

Le 7 mars 1942, à la suite de l’attentat commis à Paris le 1er mars 1942 au 41 rue de Tanger dans le XIXe arrondissement, Corentin Cariou sera fusillé à 12 h 30 dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise) en compagnie de Baptiste Réchossière et de Pierre Rigaud. Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et au cimetière communal de Carlepont. Une plaque commémorative située à proximité de la Cité des Sciences et de l’Industrie à la Porte-de-la-Villette évoque sa mémoire.

Enterré dans un premier temps dans le cimetière communal de Cuts (Oise), il sera inhumé de nouveau le 1er novembre 1945 dans une tombe commune au cimetière du Père-Lachaise, près du mur des Fédérés.

Le Parti communiste organisa une cérémonie place de la République et des obsèques solennelles pour les sept élus de Paris victimes du nazisme. Une avenue du XIXe arrondissement qui commence au Pont-de-Flandre porte le nom de Corentin Cariou. À cet endroit se trouve la station de métro de la ligne 7 portant également le nom de cet otage fusillé par les Allemands le 7 mars 1942.

 

Baptiste, Léopold RÉCHOSSIÈRE

Né le 24 octobre 1900 à Gros-Chastang (Corrèze), Baptiste Réchossière était depuis 1923 contrôleur à la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne (STCRP) – ancêtre de la RATP –,militant syndicaliste de la Confédération Générale du Travail (CGT), militant communiste d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) où il résidait au 38 rue du Moutier.

Il fut secrétaire de la cellule communiste qu’il créa au dépôt d’Aubervilliers et participa à différents mouvements de grève.

Il fut soupçonné de distribuer des tracts pour le Parti communiste, son domicile fut perquisitionné en septembre 1939 et en février 1940. Il quitta la STCRP en février 1941 et fut arrêté le 20 mars 1941 par la police française. Le 10 avril 1941, il fut interné au camp d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) où il tenta de reconstituer une cellule communiste.

Considéré comme un agitateur dangereux, il fut transféré à la maison d’arrêt de Rambouillet (Seine-et-Oise, Yvelines) puis au centre de Gaillon (Eure), avant d’être transféré au Stalag 122 de Royallieu à Compiègne.

Suite à l’attentat du dimanche 1er mars 1942 au 41 rue de Tanger (XIXe arrondissement), Baptiste Réchossière sera fusillé le 7 mars 1942 dans le bois des Zouaves, sur la commune de Moulin-sous-Touvent (Oise), en compagnie de Corentin Cariou et de Pierre Rigaud. Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et du cimetière communal de Carlepont où son nom est orthographié « Rechaussière » ainsi que son prénom indiqué en « J B » pour Jean-Baptiste alors que l’acte d’état-civil mentionne bien « Baptiste Léopold Réchossière ».

Son nom figure également sur les monuments aux morts d’Aubervilliers et de Gros-Chastang et sur la plaque commémorative à l’entrée du dépôt de la RATP de Pantin.

 

Pierre, Jean, Charles Rigaud, dit Pierre LESAGE

Né le 5 novembre 1910 à Paris XVIIIe arrondissement, ouvrier et dessinateur industriel dans la construction électrique de France (CEF), dirigeant de la Jeunesse communiste (JC), à Paris et Lyon.

Orphelin de père à l’âge de cinq ans, Pierre Rigaud suivit jusqu’en 1926 un enseignement professionnel dans la branche mécanique – ajustage à l’école pratique d’Évreux (Eure), puis à l’école de la Martinière à Lyon (Rhône).

Pour des raisons financières, il doit abandonner ses études et tente de suivre plusieurs fois des cours professionnels soit du soir (électricité), soit par correspondance (école des travaux publics, école centrale de TSF et cours sur les moteurs d’avions et de la résistance des matériaux). Pierre Rigaud adhère aux Jeunesses communistes en avril 1928 et devient secrétaire de la cellule de la jeunesse communiste de Villeurbanne (Rhône) en décembre 1928, puis membre du comité du secteur de Lyon ; en mars 1930 il est secrétaire permanent de la région lyonnaise. Il travailla dans différentes usines de construction électrique de la région lyonnaise, en particulier à Villeurbanne de 1926 à 1929.

Il fut licencié pour ses activités de militant notamment en mars 1929 où il fut renvoyé de la SCE, puis fin avril 1929 de chez Pétrier-Tissot. De mai 1929 à mars 1930, il travailla à l’usine de carburateurs Zénith à Lyon. Pendant cette période, il participa à de nombreuses grèves ou manifestations de rue.

Pierre Rigaud fut arrêté début juillet 1930 au Chambon-Feugerolles (Loire) et fit dix jours de détention préventive. Il fut poursuivi pour son action contre la guerre, sujet sur lequel il écrivit plusieurs articles. Il milita aussi dans la CGTU au syndicat des métaux de Lyon, où il devint membre de la commission exécutive, et exerça les fonctions de secrétaire des jeunes syndiqués des métaux de Lyon, puis ceux de l’UR-CGTU d’avril 1929 à mars 1930.

En avril 1931 il fut appelé à Paris en tant que membre permanent du bureau de la Fédération des Jeunesses communistes ; responsable du travail antimilitariste, il fut, dit-il « par cette branche lié au groupe Barbé-Billoux » .

Ayant la responsabilité du journal L’Avant-Garde, il fit de fréquentes tournées en province.

Fin 1934 il fut envoyé à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), où, dessinateur industriel dans l’entreprise Bréguet, il participa à la création de cellules communistes.

En décembre 1935, il devint permanent et eut la charge du secrétariat particulier de Maurice Thorez, qu’il conserva jusqu’à la guerre. Il habitait alors à Ivry-sur-Seine (Seine-et-Marne) dans les « HLM », 40 rue Marat.

Réformé, Pierre Rigaud fut néanmoins mobilisé en 1939 à Nîmes (Gard) et servit dans un régiment d’artillerie coloniale.

Démobilisé en août 1940, il retrouva sa place dans l’entreprise Panhard, qui l’avait embauché au lendemain de la dissolution du Parti communiste.

Il fut arrêté le 5 octobre 1940 sur son lieu de travail pour propagande clandestine, mais aussi pour avoir été le secrétaire de Maurice Thorez. Il fut interné successivement à Fontevrault-l’Abbaye (Maine-et-Loire), à Clairvaux (Aube) puis en avril 1941 à Châteaubriant où il tint un journal de la vie du camp connu sous le nom de camp de Choisel. Le7 févier 1942 à 7 h 00 du matin, plusieurs internés du camp de Choisel à Châteaubriant sont prévenus d’un transfert immédiat au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise). Pierre Rigaud, Corentin Cariou et Louis Thorez (frère cadet de Maurice Thorez) font partie de ces internés du camp « 8.1 » qui vont être transférés.

Le 7 mars 1942, à la suite de l’attentat commis à Paris le 1er mars 1942 au 41 rue de Tanger dans le XIXe arrondissement, Pierre Rigaud sera fusillé à 12 h 30 dans le bois des Zouaves sur la commune de Moulin-sous-Touvent, en compagnie de Baptiste Réchossière et de Corentin Cariou.

Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (Butte des Zouaves) et du cimetière communal de Carlepont. Le nom de Pierre Rigaud a été donné à la rue Alexandre-Pilleaud le 20 juin 1945 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Pierre Rigaud fut celui qui, par les notes qu’il a laissées, permit à Louis Aragon d’écrire un texte clandestin en 1942 signé « le Témoin » sur les martyrs de Châteaubriant.

 

le 22 February 2017

     
    « Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)