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20170104-L'Huma-Bernard Lamirand : « Menace sur la Sécurité sociale, cette conquête du monde du travail »

20170104-L'Huma-Bernard Lamirand : « Menace sur la Sécurité sociale, cette conquête du monde du travail »
 
 

L'Humanité du 4 janvier 2017

 

Menace sur la Sécurité sociale, cette conquête du monde du travail

par Bernard Lamirand, animateur du Comité d’honneur national Ambroise Croizat

Le candidat officiel de la droite et du patronat s’appelle François Fillon. Nous avons eu à le connaître quand il fut dans le gouvernement de Balladur, en 1993, puis de Raffarin, en 2002, et enfin comme premier ministre de Sarkozy, de 2007 à 2012. Une longue carrière antisociale. Ce personnage, conservateur libéral, admirateur de Margaret Thatcher, la Dame de fer premier ministre britannique, et de Gerhard Schröder, ancien chancelier allemand, qui ont démoli respectivement le système social de leur pays. En 1993 (il était déjà ministre), quand Balladur proclama les ordonnances ravageuses de la Sécurité sociale sur les retraites, notamment concernant la durée de cotisation nécessaire pour avoir droit à une pension à taux plein (de 150 à 160 trimestres concernant le calcul de la retraite du régime général et le calcul sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures années), ainsi que le décrochage des revalorisations à partir de l’indice des prix à la consommation au lieu des salaires, Fillon approuva toutes les mesures prises par la droite de 1993 à 2012.

Ce personnage a le toupet de dire qu’il a toujours défendu le devenir de la Sécurité sociale. Des milliards d’euros ont été ainsi pris aux retraités pendant toutes ces années, contribuant à les appauvrir. Il fut l’ordonnateur de la remise en cause de la retraite à 60 ans et fut celui qui la fixa sous son gouvernement à 62 ans. Il participa à toutes les « saletés » faites concernant la Sécurité sociale, ce qui amènera des manifestations importantes dans le pays pour les retraites en 2010.

Il serait long de mettre en évidence tous les méfaits de ce gouvernant venu du gaullisme et ayant toujours en vue de mettre par terre la plus belle conquête du monde du travail, la Sécurité sociale, car il s’agit de cela, même s’il jure, la main sur le cœur, qu’il n’en est pas question. Cet homme déteste ce qui relève de la solidarité et de régimes sociaux à caractère collectif, et il fait partie de cette caste de dirigeants politiques liés au capital et aux forces de l’argent décidés à abattre cette grande conquête sociale. Ces gens-là n’ont jamais accepté qu’on passe d’un système inégalitaire où régnaient les assurances privées et les mutuelles avant guerre à un système solidaire et par répartition à la Libération avec le programme du Conseil national de la Résistance (CNR). De Gaulle ne l’a accepté que contraint et forcé par le rapport de forces qui donnait à la CGT et au Parti communiste un réel pouvoir pour imposer la Sécurité sociale. En 2007, dans la revue patronale Challenges, Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, indiquait ceci : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer (…). La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. »

La Sécurité sociale fut mise en place par Croizat et Laroque avec rapidité, et, devant les bienfaits qu’elle apportait aux travailleurs, ne put être remise en cause sur ses fondements par les pouvoirs successifs après le départ des ministres communistes en 1947. L’universalité de la Sécurité sociale proclamée par Croizat fut, dès 1946, l’objet d’une bataille pour en réduire la portée et, si elle fut votée, ne fut jamais appliquée parce que les forces de la réaction, notamment les professions libérales, les gros agriculteurs, les commerçants et artisans, n’en voulaient pas.

L’arrivée, demain, au pouvoir de Fillon et la présence du FN aboutiraient à mettre un terme à cette grande conquête de la classe ouvrière qui fait encore la fierté de la France dans le monde malgré les coups de boutoir qui lui sont portés depuis plusieurs décennies. Cette Sécurité sociale, Fillon et ses acolytes du Medef ne peuvent plus la supporter et, dans le sillage des remises en cause de Hollande et de Valls, il s’agit, demain, d’en faire une sorte de valise de secours et de transférer la plus grande partie de l’assurance-maladie vers le privé. Ils entreprennent le dépècement en mille morceaux de la Sécurité sociale et de sa cuirasse, la solidarité intergénérationnelle. La Sécurité sociale deviendrait alors un système rabougri, inégalitaire et à plusieurs vitesses.

Il y aurait ceux et celles qui pourront se payer les meilleurs soins, et les autres, qui auraient le minimum vital, comme aux États-Unis. Le travail de sape engagé depuis plusieurs décennies nous montre que les droits ne sont plus à la dimension de ce que ses créateurs envisageaient, c’est-à-dire une Sécurité sociale remboursant tous les soins à 100 %. Derrière tout cela, se cache la main patronale, celle qui vise à se débarrasser de toutes les cotisations sociales. L’objectif est aussi de placer la retraite à 65 ans du régime général ; une nouvelle attaque de grande ampleur qui pourrait coïncider avec une fusion du régime général avec les retraites complémentaires pour parfaire la réduction des prestations retraite. Une retraite à 65 ans qui conduirait à ce que des travailleurs n’ayant pas le nombre d’années de cotisations suffisantes soient obligés d’attendre les 70 ans pour une retraite pleine et entière.

Cet homme est dangereux pour tous les travailleurs de ce pays, en particulier pour les générations qui vont accéder, dans les années prochaines, à la retraite dans les pires conditions et subiront une autre peine : des droits en matière de santé amputés et des allocations familiales réduites. La Sécurité sociale est née pour mettre un terme à des systèmes inégalitaires d’avant-guerre, des systèmes où demeuraient des formes de charité. Avec Fillon, réactionnaire et catholique orthodoxe, il ne restera pour les pauvres que d’aller, la sébile à la main, réclamer quelques pièces de la part de ces riches débordant de magnanimité après avoir détroussé le monde du travail. Cet homme est un danger public.

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« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)