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20161129-L'Huma-France-Jean-Pierre Bosino : « La loi de transition impose un insoutenable rythme »

20161129-L'Huma-France-Jean-Pierre Bosino : « La loi de transition impose un insoutenable rythme »

20161129-L'Huma-France-Jean-Pierre Bosino : « La loi de transition impose un insoutenable rythme »

Pages « En débat » de l'édition du 29 novembre 2016 du journal L'Humanité

Faut-il revoir la part du nucléaire dans le mix énergétique ?

La loi de transition impose un insoutenable rythme

par Jean-Pierre Bosino, sénateur PCF de l’Oise et maire de Montataire

Il est vrai que la situation de centrales nucléaires à l’arrêt pose question. En cas d’hiver rigoureux, il faudra s’en doute s’alimenter ailleurs, faute d’avoir une production de substitution, ou remettre en service un certain nombre de centrales thermiques à charbon et fuel avec les conséquences que cela peut avoir sur l’environnement. En même temps, avec le réseau européen de transport de l’électricité, tout le monde se fournit déjà chez tout le monde. Par contre, ce serait ennuyeux d’avoir à s’approvisionner chez les Allemands qui produisent de l’énergie avec des centrales à charbon. Quoi qu’il en soit, tout ce qui est train de se passer me conforte dans l’idée que la loi de transition énergétique de Ségolène Royal impose un rythme qui ne sera pas soutenable. Elle prévoit de réduire de 25 % la part du nucléaire pour passer à 50 % du mix d’ici 2025. Cet objectif ne sera pas tenu. En huit ans, ce n’est pas possible, et ce tout en assurant une production d’électricité identique. Irréalisable à moins de se fournir ailleurs ou de remettre des centrales à charbon en route. Et y a-t-il de plus l’argent nécessaire pour fermer ces tranches ? On parle tout de même de dizaines de milliards !

On ne ferme pas une centrale nucléaire comme cela. Il ne suffit pas de mettre une chaîne sur la grille et un cadenas et de partir. C’est beaucoup plus compliqué techniquement et surtout très cher alors même que ces centrales sont rentables pour EDF. Dans le même temps, je suis tout à fait d’accord pour que l’on réduise peu à peu la part du nucléaire ou plutôt que l’on augmente celle des énergies renouvelables. Il faut arrêter de faire, à nous communistes, le reproche d’être des activistes sans discernement du nucléaire. Pourtant, si l’on veut respecter les objectifs de la COP21, il ne faut surtout pas oublier que la France doit ses bons résultats en termes de CO2 en grande partie aux 75 % d’électricité produits par le nucléaire. L’exemple de l’Allemagne est significatif sur ce qui se passe réellement en cas d’abandon trop rapide du nucléaire. J’ai été récemment en Allemagne visiter des mines d’extraction de lignite et des centrales à charbon. J’ai demandé pourquoi on les faisait fonctionner alors que l’on dit que le renouvelable est dorénavant opérationnel. On m’a répondu qu’il n’était opérationnel que sur le papier ! Dans les faits, le vent comme le soleil ce n’est pas régulier. Il faut donc faire tourner les centrales à lignite pour assurer la production d’énergie. Pour revenir au nucléaire, reste la question des déchets et de la sécurité.

Cela nous renvoie à une gestion publique du secteur de l’énergie. C’est une question primordiale si l’on veut garder la main sur ce secteur. Une question d’indépendance et de sûreté. Nous avons vu ce qui s’est passé au Japon. Si Tepco, la société privée qui gérait la centrale de Fukushima, avait noyé le cœur du réacteur, ce qui voulait dire perdre de l’argent avec des coûts considérables, les effets auraient été moins désastreux. Une gestion publique a normalement comme seul critère la sûreté des populations et des salariés de l’entreprise. Pour cela, il faut imposer des critères très forts de sûreté qui doivent primer, que cela soit pour la maintenance ou pour la construction.

Un secteur public de l’énergie est nécessaire car il permet d’évacuer les questions de rentabilité financière et fait primer l’intérêt général. On voit bien ce qui se passe avec Areva et y compris EDF. Les dérives de ces dernières années, où n’importe qui vend de l’électricité et du gaz, ne sont pas de bons exemples à suivre. Tout cela est très risqué.

 

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« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)