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Cérémonie d'hommage à Gilles Masure, intervention de Thierry Aury - Crépy-en-Valois, 7 mars 2014

Le vendredi 7 mars 2014 à 10 heures à la salle des Fêtes de Crépy-en-Valois, de nombreuses personnes se sont réunies pour rendre hommage à notre ami et camarade Gilles Masure, décédé suite à une longue maladie.
 
Après l'intervention du maire de la ville, c'est Thierry Aury, le secrétaire départemental du PCF Oise, qui rend hommage à son camarade Gilles Masure.
 

Texte de l'hommage de Thierry Aury à Gilles Masure • Crépy-en-Valois, 7 mars 2014

C’est avec une immense tristesse que les communistes de l’Oise ont appris la mort de Gilles Masure. Bien sûr nous savions son combat de toutes ces dernières années contre cette terrible maladie qui le gagnait et nous avons tous souffert de voir réduire progressivement ses forces, ses capacités, tout en étant bouleversés de son énergie à résister, à parler, à échanger, à vivre, qu’il conserva si longtemps.

Et je veux dire ici combien nous avons été admiratifs aussi du courage, de l’amour d’Hélène pour l’accompagner, le porter jusqu’au bout dans cette lutte, comme elle partagea tous ses combats et tous ses engagements.

À Hélène, à Frédéric et à Benjamin et leur compagne, à ses petits-enfants, à tous ses proches, je veux dire notre profonde sympathie, notre amitié.

Avec Gilles Masure, c’est l’une des figures les plus familières du communisme dans l’Oise durant 30 années qui s’en va.

Gilles avait surgi au-devant de la scène politique, en ce mois de mars 1979 où il avait conquis le siège de conseiller général de Crépy-en-Valois, à la surprise générale, face au président du Conseil général de l’époque, le docteur Dupuy.

La direction de la Fédération de l’Oise qui avait proposé alors au jeune professeur de philosophie, récemment arrivé à Crépy, d’être candidat dans cette élection, lui avait dit « Ne t’inquiète pas, il n’y a aucune chance que tu sois élu, tu en as pour 3 mois de campagne et tu es tranquille… » Il ne savait pas qu’il s’engageait alors pour 32 ans de mandat !

Élu quatre mandats durant comme conseiller général, il fut élu aussi ensuite et de pair le plus souvent, au Conseil régional de Picardie où il fut 12 ans le président du groupe communiste et au Conseil municipal de Crépy.

Des mandats qu’il mit aussitôt au service des plus humbles, de tous ceux qui souffraient. Il organisa aussi très vite l’action contre les expulsions locatives et les saisies, n’hésitant pas à se mettre en travers d’une porte face à un huissier pour faire reculer ces pratiques inhumaines.

C’est d’ailleurs cette image que nous retenons tous de Gilles : l’élu proche de tous, l’élu-militant au sens le plus noble de ce mot, l’homme sensible et réagissant contre toutes les injustices, les inégalités, les violences ici et partout ailleurs, l’homme qui jamais ne prit la « grosse tête » comme l’on dit, l’homme resté toujours simple, accessible, ouvert aux autres, respectueux des autres.

Il semblait incarner à lui seul ce beau mot d’ordre popularisé par le Front de gauche : « L’humain d’abord ».

Il était venu au communisme par la philosophie, par la découverte des idées de Marx, et il resta jusqu’au bout passionné de débats, d’échanges, de controverses philosophiques, politiques.

Et il n’était pas une assemblée de communistes, de sa cellule jusqu’aux assemblées départementales où il ne prit la parole pour apporter sa contribution, sa réflexion, ses propositions. Mais ce n’était jamais une réflexion en vase clos, il ne fut jamais un « penseur dans sa tour d’ivoire ».

C’était à chaque fois étroitement lié à la vie concrète, aux multiples rencontres et luttes qu’il animait comme élu, avec toujours une volonté de comprendre la réalité et toutes ses contradictions pour mieux les transformer.

On pense à ces phrases du célèbre discours de Jaurès à la jeunesse : « le courage, c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier : un praticien et un philosophe » et aussi « le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ».

Loin d’être de ceux qui se lamentent devant une situation difficile, devant un combat perdu, il était toujours en recherche du point positif qu’il y avait dans un contexte, du « neuf qu’il y a dans toute crise », pour s’appuyer dessus et permettre de dépasser cette crise et d’avancer à nouveau.

Il était tout à la fois ferme dans ses convictions, ses valeurs profondes et jamais fermé au dialogue, à l’échange avec les autres, à l’exploration de chemins nouveaux, d’idées nouvelles.

Ce sens du dialogue, de la réflexion collective, du travail ensemble et de l’action, cet appel permanent à l’intelligence plutôt qu’aux coups de gueule ou aux coups de menton, il le mit en œuvre dans les multiples responsabilités départementales et régionales que les communistes lui confièrent.

Et j’ai relu avec intérêt quelques-uns des multiples articles qu’il rédigea pour notre journal Oise Avenir qu’il dirigea plusieurs années.

Il fut à plusieurs reprises notre représentant dans les grandes batailles politiques d’envergure départementale qu’il anima avec passion, comme en 1986, où il conduisit notre liste à l’élection législative et manqua de si peu de devenir député de l’Oise. Ou en 1988 où il mena la bataille politique face au ministre Stoléru qui symbolisait le renoncement à une politique de gauche par le gouvernement de l’époque.

Mais ce que nous aimions par-dessus tout dans Gilles, c’est que ce profond sens des responsabilités, le sérieux avec lequel il accomplit tous ses mandats et toutes les tâches qui lui furent confiées, se maria toujours avec une grande modestie, une attention aux autres, une profonde humanité qui étaient des éléments essentiels de son engagement communiste.

Gilles c’était ce sourire aux lèvres qui vous accueillait toujours, cet humour qui relativisait les choses, et aussi personnellement, de bonnes tranches de fou rire qui ponctuèrent plus d’une de nos rencontres.

Gilles c’était cet amoureux de la vie, cet optimiste contagieux sur la capacité de l’humanité à se libérer de toutes ses chaines et je voudrais vous lire ces quelques vers d’Éluard auxquels j’ai pensé en souvenir de Gilles, les vers finals d’un poème intitulé « La mort, l’amour, la vie » du recueil Le Phenix :

« Les hommes sont faits pour s’entendre

Pour se comprendre, pour s’aimer

Ont des enfants qui deviendront pères des hommes

Ont des enfants sans feu ni lieu

Qui réinventeront les hommes

Et la nature et leur patrie

Celles de tous les hommes

Celles de tous les temps. »

 

 

Merci Gilles ! 
 
« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)