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14 oct.16:30
 
 

La municipalité de Monchy-Saint-Eloi et son maire Alain Boucher ont le plaisir de vous inviter à l'

 

Inauguration de la rue Lucienne Fabre-Sébart

lundi 14 octobre 2013 à 16 h 30

 

Lucienne Fabre, résistante et militante communiste, est née à Nogent-sur-Oise en 1920, a commencé à travailler à l'âge de 13 ans à la Moulinière (rue de Villers). Elle a toujours milité et combattu pour le respect des droits. Elle va toujours dans les écoles porter le message de la Résistance.

 

Écouter Lucienne Fabre sur Arte Radio (3e témoignage)

(extrait du livre CD « Les femmes aussi, femmes résistantes en Picardie »)

 

Article du Parisien du 7 mai 2006 • Lucienne Fabre avait 16 ans en 1936

Assise à la table de son salon, dont les murs sont constellés des dessins de sa fille artiste peintre, Lucienne Fabre se remémore son passé, comme s'il venait de se dérouler juste sur le seuil de sa maison d'Angicourt.

Soixante-dix ans après les « événements » du Front populaire, sa mémoire est intacte, son débit intarissable.

« Après les élections d'avril, Léon Blum est devenu président du Conseil. On avait enfin notre gouvernement de gauche. Et là, cela a été une explosion extraordinaire. C'est la misère qui nous a fait sortir dans la rue. Les ouvriers n'en pouvaient plus. Tout s'est arrêté », lâche Lucienne en souriant.

« Moi je suis Nogentaise. Je me souviens très bien des cheminots de Nogent qui disaient au bout d'un mois de grève : "Zut, nos rails, ils sont tout rouillés." Car, à l'époque, les gars gardaient leurs usines avec les outils intacts. Rien à voiravec les casseurs d'aujourd'hui », poursuit cette octogénaire alerte, les cheveux blancs impeccablement coiffés.

« À l'époque, il y avait bien quarante usines qui fonctionnaient autour de Creil. Les ouvriers montaient sur les murs pour voir ce qui se passait. Tout le monde était perché là-dessus et ils regardaient au loin. Nous, on passait en bas avec nos bicyclettes et on les saluait. »

Âgée d'à peine 16 ans, Lucienne s'agite elle aussi. À l'exemple de son père, un maçon déjà considéré comme un meneur. « Il voulait monter des syndicats partout et après se faisait renvoyer tandis que ma mère, elle, venait du fond de la Picardie et était croyante », se souvient celle qui ne tarde pas à adhérer aux Jeunesses communistes. Travaillant depuis ses 13 ans à l'usine des Chapeaux de Nogent-sur-Oise, la jeune fille montre déjà les signes d'un militantisme ardent.

Combattante, idéaliste mais aussi courageuse, les qualités de Lucienne s'affirmeront ensuite par un engagement sans faille dans la Résistance durant la guerre.

Le soutien des paysans aux grévistes

Mais nous ne sommes qu'en 1936. Jeune, elle admire ces ouvriers en lutte. La révolte des mineurs du Nord, en 1935, a marqué les esprits. Ces hommes, descendant à pied de leurs corons pour manifester devant l'Assemblée nationale à Paris, sont passés dans les villages proches de Creil pour quémander un peu de nourriture. De cette marche, Lucienne se souvient des visages de ces ouvriers déterminés et affamés et de sa mère lui demandant de leur offrir « une bonne assiette de bouillon de poule » s'ils venaient à s'arrêter.

En plein « Front popu », avec ses jeunes camarades, elle enfourche donc naturellement son vélo pour réclamer dans les environs du soutien aux grévistes. « On ne parle pas assez des paysans et de leur solidarité. Avec nos porte-voix, on demandait à Liancourt, à Pont-Sainte-Maxence ou à Montataire s'il leur restait quelque chose à manger pour nourrir les gars. Et ils descendaient avec leurs chevaux et leurs tombereaux déposer ce qu'ils avaient trouvé devant les mairies. Alors on préparait des soupes populaires pour les grévistes et leurs enfants. J'ai le souvenir d'une immense solidarité, d'une grande affection qui, d'ailleurs, m'est restée toute la vie », confie-t-elle en ajustant ses lunettes.

Quand la victoire est enfin venue, Lucienne a laissé éclater sa joie. Comme tous ses camarades. « Au bout d'un mois, les patrons, qui n'avaient jamais autant travaillé, ont lâché », souffle-t-elle, goguenarde. Quel changement ! Les 40 heures, les congés payés...

« Et si on partait au Tréport ! »

« Cela nous donnait nos fins de semaine. On pouvait aller aux bals musettes, pas trop chers. Quant aux vacances, on n'y pensait pas trop car on n'était pas habitué. Mais on voulait voir la mer, ça c'est sûr. Alors, un jour, on s'est lancé un défi. Comme ça, pour voir, entre nous. En deux temps, trois mouvements, nous voilà partis au Tréport à vélo. Les gens nous ont vus arriver en se demandant bien ce qui se passait. Un pêcheur nous a prêté sa grange pour que l'on dorme dans la paille. Quelle odyssée ! »

Le succès de la lutte des ouvriers s'est également traduit par une vie meilleure. « On a eu aussi des augmentations : 15 à 20 % d'un coup ! puis les assurances sociales qui n'étaient pas encore la Sécurité sociale. Certains gars avaient des accidents, ils se sentaient mieux protégés », assure Lucienne qui estime avoir eu « une vie riche ». Elle rencontrera ensuite « l'homme de sa vie », Raymond, un communiste languedocien à la langue bien pendue. Aujourd'hui décédé, il avait survécu à quatre ans de prison pendant la guerre avant de lui donner cinq enfants.

 

 

 
« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)