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Bernard Lamirand-Ma contribution communiste au congrès du PCF - 31 mai 2010

Contribution de Bernard Lamirand, section de Montataire, au congrès du PCF

Un congrès d’étape va avoir lieu en juin. Un document de préparation vient de sortir et il semble que l’intérêt marqué pour ce document soit assez limité pour diverses raisons dont celle d’un manque d’un débat national à la hauteur des questions posées. j’ai l’impression d’une formalité à remplir.

Nous n’arrêtons pas de parler de transformations sans les faire. Or le Parti communiste français a besoin de faire naître un projet communiste digne de notre temps. Un temps où le capitalisme essuie une crise systémique dont on ne sait s’il s’en sortira ou trouvera les ressources pour dépasser ses propres contradictions.

Il est communément dit qu’il est en crise durable mais cela ne veut pas dire fin du capitalisme, chacun l’aura compris. Des peuples ont ainsi vécu des siècles avec des sociétés complètement vermoulues sans arriver à se donner les perspectives dépassant le forme ancienne en place. On a aussi vu que l’expérience dite socialiste en URSS s’est retournée en un retour à un capitaliste des plus débridé. Je m’interroge sur les raisons de ce congrès dit d’étape. Si ce n’était qu’élire un nouveau secrétaire national, le conseil national réuni, en séance extraordinaire, pouvait très bien le faire. Si c’est préparer un programme électoral, projet à l’appui pour les présidentielles, cela ne peut qu’apparaitre comme la poursuite d’une ligne foncièrement marquée par l’électoralisme comme soucis principal. Ceci dit, l’ordre du jour étant décidé, la date fixée, les convocations faites, il s’agit maintenant de voir qu’est ce que les communistes vont arrêter à ce congrès estival.

Auront-ils la volonté de faire du communisme le nouvel enjeu, celui qui apporte du sens, de la dynamique, des perspectives, bref de passer à l’idée du communisme, à sa formulation concrète, un peu comme Badiou la situe, je le cite dans un article paru dans l’humanité : « Comme au début du XIXe siècle, ce n’est pas de la victoire de l’Idée qu’il est question, comme ce sera le cas, bien trop imprudemment et dogmatiquement, durant toute une partie du XXe siècle. Ce qui importe d’abord est son existence et les termes de sa formulation. D’abord, donner une forte existence subjective à l’hypothèse communiste, telle est la tâche dont s’acquitte à sa manière notre assemblée d’aujourd’hui. Et c’est, je veux le dire, une tâche exaltante. En combinant les constructions de la pensée, qui sont toujours globales et universelles, et les expérimentations de fragments de vérités, qui sont locales et singulières, mais universellement transmissibles, nous pouvons assurer la nouvelle existence de l’hypothèse communiste, ou plutôt de l’Idée du communisme, dans les consciences individuelles. Nous pouvons ouvrir la troisième période d’existence de cette Idée. Nous le pouvons, donc nous le devons. »

Je prendrai un seul exemple dans les consciences et dans la réalité d’agir ; celui qui va bientôt opposer les peuples par manque d’eau ; celle-ci est gâchée ; elle, si naturelle, source de vie, que l’on pouvait la prendre dans sa main au bord du ruisseau, elle est aujourd’hui aspirée, accaparée par les puissances d’argent, elle ne va plus à la disposition des gens, elle est marchande ; certains qui mourraient de faim hier vont mourir demain par déshydratisation. N’y a-t-il pas un combat communiste à mener sur cette question pour rendre l’eau aux peuples et non à des malfrats telle ces compagnies qui remplacent nos régies municipales souvent avec l’accord des communistes d’ailleurs ? Tenez ! Encore une idée : au moment où j’écris ces lignes, se déroule la fête des voisins dans ces grandes cités et les habitants sortent de leur enfermement, ils dressent et garnissent la table, se parlent, ils échangent et ils conversent autour de leurs problèmes et ils trouvent des solutions qu’ils n’avaient imaginé ou osé parlé à leur voisin le plus proche, celui du palier. Se parler, dire, entendre, respecter l’autre n’est-ce pas aussi du communisme ?

Cela oblige à se sortir de la nasse dans lequel l’institutionnel bourgeois nous a enfermé tel « boulot, métro, dodo ». Ou encore la formule célèbre employée par Georges Marchais pour caractériser ce système « travailles et tais-toi ». Pour cela la forme parti doit évoluer, ne plus être une forme enrégimentée, avec des règles de soumission, il faut que vadrouillent les idées et les expériences communistes et il faut chercher le dénominateur commun plutôt que l’affrontement et les querelles des égos qui d’ailleurs ont tendance à se manifester davantage quand l’Idée communiste n’est plus ce qui conduit le parti. Les organismes de direction doivent devenir des organismes qui créent les conditions nouvelles du communisme à chaque instant, à chaque problème rencontré, à chaque expression humaine qui se cherche ; il ne s’agit pas d’abandonner la forme parti comme le préconise Badiou mais de lui donner un contenu nouveau : celui de la liberté de faire de l’humain et du peuple.

Mais pour cela, il faudra sortir des chantiers battus. Quitter la forme cathédrale du parti avec ses évêques, ses prêtres et ses sacristains qui vous apportent l’eau bénite et la bonne prière à réciter. Nous sommes encore marqué par une forme parti ancienne et il est évident qu’il n’est pas facile de s’en débarrasser surtout quand on est affaibli et que l’on se réfugie dans « son quant-à-soi ». Une première remarque, selon moi, montre de manière incontestable que nous baignons toujours dans des règles héritées du centralisme démocratique : le conseil national, les directions fédérales, nos sections et cellules travaillent toujours à l’ancienne. Cela est handicapant pour mettre tout le parti à l’heure de ce communisme que nous percevons nécessaire pour non seulement affronter la plus grande crise que le système capitaliste ait connu depuis sa naissance mais de par ses contradictions pour faire émerger du collectif, des réalisations communistes nouvelles. On fait un peu plus référence à Marx, mais Marx cherchait dans le réel tous les dépassements possibles, il créait les conditions pour agir dans le réel. Le réel nécessite d’être imaginatif, d’inventer du neuf à partir de ce qu’est le monde aujourd’hui. Les analyses faites me semblent fragmentaires, on ne sent pas de véritables aventures communistes capables de dynamiser le peuple. Pourquoi ce qui s’est produit avec la Commune de Paris, l’imagination du peuple parisien pour mettre en place des premières formes de vie communiste ne pourraient se faire dans ce qui nous est contemporain ? Seul un cercle des communistes d’Écopo semblent vouloir apporter une réelle réflexion mais qui n’est pas ensuite mis en débat par le parti et partagé suffisamment. J’en veux pour preuve la crise, l’analyse faite par Boccara, Dimicoli, Ivorra, riche de contenu, devrait être l’affaire de tous les communistes pour que les travailleurs discernent mieux ce qui se joue actuellement entre le capital et le travail, cette créativité communiste de nos économistes n’est pas assez utilisée. Quels sont les débats de fonds sur ces questions. La crise actuelle n’est pas banale, elle n’est pas une fatalité ; comment l’avons-nous alors discernée depuis 2009 ? Très mièvrement de la part de la direction nationale. Je trouve cependant qu’elle a mieux pris en compte, l’une de ses conséquences sur les travailleurs : la réforme de la retraite ; et des mesures pour impulser une vraie bataille d’idées sont en cours. Tant mieux.

Cela dit, peu d’engagement communiste avec le peuple sinon cette belle initiative concernant le pouvoir d’achat sans lendemain du coté des Champs Elysées avec lancée de billets de banque. Toutes les autres initiatives sont celles du mouvement syndical qui a ses limites ou encore des initiatives avec des associations et groupements sociaux qui cherchent non pas la perspective d’une société communiste mais seulement des arrangements sociaux y compris ce parti de gauche qui peut devenir un nouveau fardeau avec son coté hyper électoraliste. J’apprécie que le PCF tient à son identité, à sa souveraineté, mais il faudra que cela soit dit clairement au congrès, que ce front ou ces fronts n’ont pas pour objectif d’engluer l’Idée communiste dans une confédération de partis et de groupements, un peu comme cette Europe où les nations sont muselées par une nomenklatura siégeant à Bruxelles.

Nous avons besoin d’un parti utile et nécessaire pour dépasser le capitalisme dans cette phase de crise systémique, il faut qu’il se remue et bouge avec « sa tête et ses jambes », plus de béquilles, plus de rebouteux, plus de complaisance avec la sociale démocratie qui nie l’évidence d’une crise systémique et qui tout compte fait adoptera, si elle revient au pouvoir les mêmes remèdes que les autres partis sociaux démocrates d’Europe si nous ne sommes pas nous-mêmes. Le document qui vient de sortir me semble poser quelques questions de ce genre autour des transformations à opérer mais j’ai l’impression que c’est encore très flou. Comme je voudrais être démenti ! Quand je pense qu’un groupe de travail devait travailler ces transformations, communiquer ses travaux, commencer à les mettre en œuvre comme l’avait décidé le congrès. Rien de cela ou peu a été fait. Le temps des idées et de leur mise en œuvre doit parcourir ce congrès d’étape et bousculer les pesanteurs qui règnent dans nos directions et dans nous-mêmes. Moi le premier… Nous faisons un surplace politique et en ce moment faire du surplace politique équivaut à être enfoui dans l’anonymat d’une histoire entrain de se dérouler sans que les Idées communistes soient portée au niveau où il faudrait.

Un camarade me disait l’autre jour, il faut faire de la politique pour dépasser les clivages existants dans le parti. Il a raison. Mais quel politique, quel projet communiste, quelle action pour le concrétiser et surtout quelle organisation pour entrainer des communistes aujourd’hui dispersés parce qu’ils n’ont plus de fil conducteur. Dans certaines régions, on est entrain de remettre en route la guillotine, tous ceux qui ne marchent pas droit ou ont pris un chemin de traverse sont mis au pilori. Et pourtant un bon exégète verrait que la faute originelle, c’est bien cette crise communiste non traitée dans la crise générale du système, nous avons nous aussi notre propre crise et alors comment pourrait-il en être autrement de voir des camarades cherchaient leur chemin communiste avec souvent une lampe de poche et prendre des chemins de traverse comptant avoir trouvé la réponse. Alors, pas d’inquisition, pas de procès de lèse majesté, pas de coupables pour éviter de se poser les bonnes questions. Faire de la politique, cela veut dire quoi aujourd’hui ? Est-ce encore, s’abaisser, se réduire, se faire petit pour avoir un semblant d’union dans des fronts où le communisme ne serait plus que l’ombre de lui-même ?

Je suis persuadé que nous ne sommes pas de cette trempe là. Regardons quand même ce qu’est devenu le parti communiste italien : il n’est plus que l’ombre de lui-même parce qu’il a choisi la voie de devenir un parti comme les autres, sans idée communiste, loin de Gramsci. La disparition de l’outil communiste, qui peut demain évoluer vers d’autres appellations -peu importe l’étiquette c’est le contenu qui compte- serait catastrophique vu ce qui se passe en ce moment. C’est un trésor que nous avons avec le PCF tel qu’il est fait, avec tous ces militants, qui n’attendent qu’une chose, c’est de repartir de l’avant, cesser les querelles secondaires, abordés les vrais questions, travaillez à quelque chose, et là, j’en suis persuadé, nous retrouverons des camarades qui se sont éloignés de nous où qui n’ont pas compris les déambulations du parti durant ces dernières décennies. Je ne voudrais pas faire de procès d’intention (j’en fais un quand même) mais cet amoindrissement de la pensée communiste m’inquiète au plus haut point et inquiète tous les communistes qui voient leur parti s’affaiblir tant en nombre d’adhérents que d’élections en élections. D’ailleurs je remarque la discrétion sur l’adhésion, c’est devenu la dernière roue du chariot communiste.

La crise durable du système capitaliste nous regarde. Penser Marx nous sommes, et au moment ou l’adversaire de classe est en difficulté, l’incognito PCF doit être ravalé au grenier. André Gorz le grand philosophe décédé il y a peu disait : « La question de la sortie du capitalisme n’a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d’une radicale nouveauté. Par son développement même, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu’externe qu’il est incapable de dépasser et qui en fait un système qui survit par des subterfuges à la crise de ses catégories fondamentales : le travail, la valeur, le capital ». Voilà une analyse claire qui devrait nous donner du sens à notre démarche. Je ne trouve pas cela dans le projet de manière aussi révolutionnaire que le disait Gorz et que le dit en ce moment Badiou et également Lucien Sève. Autres difficultés pour lesquelles pas grand-chose n’a été entrepris : l’entreprise, le service, le bureau, bref le lieu de travail et d’exploitation. Pourtant le dernier congrès avait mis en exergue ce manque, cette disparition des communistes des lieux de travail, là où se déroule la lutte de classe, une terrible bataille des idées menée par notre adversaire de classe.

L’adversaire de classe nous a sonné, nous avons mis plus qu’un genou à terre, nous tardons à nous relever, peu a été fait pour redonner des forces communistes dans les lieux de travail et choisir la manière de reconquérir ce terrain sous des formes différentes d’hier car l’organisation du travail n’est plus la même. Comment nous adresser aux travailleurs dans ces lieux de surexploitation, comment trouver le contact, être reconnu comme force politique ?

Le patronat tient le terrain que nous avons quitté, il est sûr que reprendre notre place dans l’entreprise ne sera pas aisé mais le jeu n’en vaut ’il pas la chandelle ?

Bref, faire du communisme dans les lieux de travail. Prendre un problème, tirer les fils, remonter à ce que recèle les vices du système, trouver avec les salariés le comment prendre l’offensive, voilà une démarche que nous devrions avoir. Personnellement, dans ma région, j’ai été très frappé de ce manque d’analyse politique dans le conflit « des Continental », où le rapport de force a été tronqué contre des primes et nous n’avons pu que constater un opportunisme teinté de fatalisme. D’ailleurs cela a fait des petits et l’on a vu ces derniers temps le choix fait d’un donnant donnant ; « tu me donnes une bonne prime et j’accepte de partir ». Il est plus facile de se couler dans le moule de la bonne prime pour partir et nous avons vu que même les gauchistes, habitués à toujours en rajouter une couche, avaient eux aussi choisi ce comportement comme démarche de classe (sic) « on fait payer les patrons ». Nous avons pu voir que la non présence des communistes dans ces entreprises pouvait conduire « au sauve qui peut ». Quel analyse faisons nous de ces événements, comment portons nous notre démarche communistes, n’est-elle pas devenu d’une certaine minceur ?

Prenons-nous le temps d’analyser une situation donnée et quels moyens pour nos camarades confrontés à des questions complexes d’exercer dans les meilleures conditions communistes leurs responsabilités sur les lieux de travail et de vie ? Regardons les manques de formation. Peut-on faire du communiste rien qu’avec ses mains et son cœur ? Notre direction nationale devrait avoir le souci d’aider à ce que chacun et chacune soit en mesure de dépasser ces contradictions, d’être créatifs communistes. Je crains que les prochaines élections présidentielles soient encore plus compliquées que les régionales où l’on a vu les communistes dans plusieurs régions se déchiraient dans des listes concurrentes. Je l’ai particulièrement mal-vécu en Picardie où la conspiration des égos l’emporte sur l’idéal communiste. Je ne veux pas revivre ce climat délétère pour les présidentielles et les législatives.

J’ai longtemps hésité à me prononcer sur la présence ou non d’un candidat communiste à l’élection présidentielle. Les scores des candidats communistes depuis Jacques Duclos et Georges Marchais (qui n’avait pas fait un si mauvais score que cela) ne plaident guère pour une candidature communiste. Mais une candidature Front de gauche aurait-elle plus de valeur dans une consultation qui relève beaucoup d’un certain culte d’un homme providentiel ? C’est vrai que si l’on adopte ce schéma, la cour est pleine de candidats qui veulent se montrer comme à la foire du village et ils sont facilement détectables.

Puis, je me suis dit, en relisant Badiou, que l’élection présidentielle devrait être l’occasion de remettre en avant l’hypothèse communiste, de la fourbir d’exemples probants, de combattre la présidentielle et la cinquième république, de démontrer à notre tour l’inanité de ce capitalisme pour la société et que l’Idée communiste peut se nicher partout dans ce monde en déliquescence. Cela serait une formidable tribune pour les Idées communistes d’aujourd’hui et de demain. Alors, il ne faudrait pas perdre de temps pour avoir une candidature dépassant l’électoralisme et l’égocentrisme mais qui mettrait du carburant communiste dans toutes les têtes, qui tracerait pour ainsi dire des pistes nouvelles.

Je rêve, mais un candidat entouré de tous les communistes pour un grand brassage d’Idées, serait de nature à changer de tout au tout cette campagne électorale où l’on sent bien que les candidats du sérail vont encore nous vendre des « vessies pour des lanternes ». Alors j’ai un nom pour faire ce boulot : Alain Bocquet. Alain à la posture pour faire de cette élection un grand moment de communisme, de l’humain d’abord comme il avait, avec ses camarades du Nord, intitulé sa liste aux régionales.

Oui, donnons de l’air communiste en cette période où la puanteur du capitalisme diffuse un gaz de plus en plus nauséabond.

Bernard Lamirand  

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« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)