Cette fiche évoque les ouvrages :
Pratique de la démocratie. Servitude volontaire, travail et émancipation, de Christophe Dejours
Le parti pris du travail, de Fabien Roussel [livre disponible à la fédération PCF Oise à Creil]
Mal-travail. Le choix des élites, de François Ruffin [voir la fiche de lecture de ce livre par Christiane Carlin en cliquant ici]
Pratique de la démocratie. Servitude volontaire, travail et émancipation
Christophe Dejours
Après avoir lu « Le parti pris du travail » de F. Roussel, « Le mal travail » de F. Ruffin, j’ai été curieuse de comprendre ce que veut dire ce titre « Pratique de la démocratie. Servitude volontaire, travail et émancipation » de C. Dejours.
Ces trois écrits mentionnent dans leur titre le mot « travail », le premier en fait une approche principalement économique, le deuxième, un récit des difficultés et souffrance au travail, le dernier emmène le lecteur vers une analyse psychodynamique du travail et sa place centrale incontournable pour la démocratie.
C. Dejours appuie son écrit sur trois thèses :
je pourrais résumer la première par la connaissance de la personne humaine, sa construction psychique, ses rapports aux autres, ses engagements,
la deuxième est celle de la centralité du travail, centralité pour le développement humain mais aussi pour les sociétés,
quant à la dernière elle soulève le rôle de l’organisation du travail « dont dépend l’engagement d’un individu pour le meilleur ou pour le pire ».
C. Dejours emmène le lecteur vers la compréhension de ce qui se joue dans le travail, travail comme confrontation au réel, « c’est-à-dire ce qui se fait connaître à celui qui travaille par sa résistance à sa maîtrise » aussi bien dans la sphère du travail productif que dans la sphère du travail reproductif (le hors-travail). Il donne place aux thèmes développés en clinique du travail comme la souffrance au travail (souffrance éthique par exemple), au rôle des défenses individuelles et collectives, aux habiletés acquises par le travail, démontrant la place centrale du travail.
Il aborde les questions de l’apprentissage, de la démocratie par le travail, au travers le rôle des dirigeants, du travail déontique, des délibérations collectives, des coopérations… apprentissages qui se traduisent chez le salarié, dans le cadre du travail et dans la vie hors travail, affirmant qu’il n’y a pas de frontière entre ces deux sphères.
Il brosse un tableau du management par les chiffres, qu’il nomme « tournant gestionnaire », et qui « a besoin pour fonctionner de travailleurs engagés qui mettent leur intelligence et leur zèle au service de son fonctionnement » ; il analyse les conséquences sur les hommes, la vie, la cité, dénonce le néolibéralisme, mais aussi l’impensé du travail : « le mouvement ouvrier et les organisations syndicales du travail n’ont pas su ouvrir la délibération sur l’organisation du travail à partir de l’expérience du travail vivant ».
Il propose d’entrer en résistance, de désobéir, de faire en sorte d’ouvrir la voie à un processus de démocratisation de l’organisation du travail.
Son écrit est enrichit de nombreuses références à des auteurs, des apports des théories psychanalytiques, des études et expériences de travail, d’organisations collectives…
Je vous laisse le soin de découvrir ce livre plus vaste que ces quelques lignes.
Pour conclure : alors que le fascisme frappe à la porte du pouvoir, je réaffirme l’idée que discuter économie va de pair avec celle de discuter du travail pour le démocratiser, y donner du sens commun, imposer une société épanouissante pour tous.
Christiane Carlin
Nogent-sur-Oise, le 20 août 2025
le 20 août 2025
https://www.vrin.fr/livre/9782711632152/pratique-de-la-democratie
Présentation
La démocratie n’est pas seulement une théorie du gouvernement des êtres humains. Elle est d’abord et avant tout une pratique. Et comme toute pratique elle n’est pas innée, il faut la recevoir, l’apprendre et la transmettre. Le travail vivant est d’abord une pratique requérant l’implication subjective de l’individu. Mais elle passe aussi par la formation d’un collectif uni par la référence à des règles de travail qu’il construit et réajuste inlassablement en fonction de l’évolution du contexte de la production. L’ouvrage s’efforce de montrer que cette activité de production de règles de travail et de métier serait au principe de la formation de la coopération et de la pratique de la démocratie in statu nascendi. À condition toutefois que l’organisation du travail les favorise au lieu de les combattre systématiquement comme le fait aujourd’hui le néo-libéralisme.
D’où émerge la thèse de la centralité politique du travail : si le travail vivant peut ouvrir la voie à une démarche puissante en faveur de l’émancipation, il faut néanmoins compter avec l’ambivalence de l’être humain ordinaire qui oscille entre le désir d’émancipation et la servitude volontaire. Pour élaborer une théorie rationnelle de la pratique de la démocratie dans et par le travail, il faut connaître les ressorts psychiques de la servitude et de la domination et donc discuter l’anthropologie sur laquelle s’appuie la philosophie sociale pour penser la démocratie.
L’auteur
Ancien professeur titulaire de la chaire Psychanalyse-Santé-Travail au Conservatoire national des Arts et Métiers, Christophe Dejours est professeur émérite à l’Université Paris-Nanterre.
200 pages - 13,5 × 21,5 × 1 cm - 21,00 euros
ISBN 978-2-7116-3215-2 - mars 2025
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