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Fabien Roussel : « Ukraine : la France a une grande responsabilité pour la paix » - Assemblée nationale, 1er mars 2022
 
 

Fabien Roussel : « Ukraine : la France a une grande responsabilité pour la paix » - Assemblée nationale, 1er mars 2022

Déclaration importante à l'Assemblée nationale le 1er mars 2022 du député Fabien Roussel, candidat à l'élection présidentielle des 10 et 24 avril 2022, sur la situation en Ukraine.

 

Notre responsabilité est immense.

Une guerre se déroule en Europe.

Au nom du groupe communiste et GDR, je tiens à exprimer toute notre solidarité et notre soutien au peuple ukrainien, plongé dans une souffrance indicible depuis jeudi dernier.

C’est d’abord à lui, à toutes ces femmes, ces hommes, ces enfants exposés au feu des bombes, à ces familles entières contraintes à l’exil, que nous pensons en tout premier lieu.

Nous sommes à leurs côtés. La France est à leurs côtés.

Je souhaite à cet égard que nous puissions nous organiser collectivement pour accueillir dans chaque commune de France des familles, des réfugié·e·s ukrainien·ne·s, et que chaque pays de l’Union européenne prenne ainsi sa part et fasse vivre pleinement le droit d’asile.

Je veux dire aussi ma condamnation la plus ferme et la plus implacable du choix des armes et du sang par le président russe.

Vladimir Poutine, l’irresponsable, l’autoritaire, le va-t-en-guerre, qui distille depuis des années le poison du nationalisme, qui s’appuie sur ses amis d’extrême droite partout en Europe.

Poutine, qui s’apprête à sacrifier les peuples.

Le peuple ukrainien d’abord, mais aussi le peuple russe qui aura à souffrir durement des graves conséquences de ce conflit.

Lui qui a déjà semé dans son pays la pauvreté, les inégalités et la violence.

Lui encore qui brandit la menace de l’arme nucléaire, faisant fi des tragiques événements que furent Hiroshima et Nagasaki.

Le président russe met en péril, l’avenir de l’humanité, l’avenir de nos enfants, avec cette froideur et ce cynisme qui caractérisent les régimes autoritaires.

Il ne trouvera dans cette guerre que la désolation pour son peuple, l’effondrement pour son économie et le déshonneur pour son régime.

Oui, la France et tous les pays mobilisés aujourd’hui, en Europe et dans le monde, doivent prendre des sanctions politiques, diplomatiques et économiques fortes afin de contraindre le président russe au cessez-le-feu, à s’assoir à la table des négociations et à mettre un terme à son offensive.

Bravo aux mondes du sport et de la culture qui y prennent aussi toute leur part.

L’union des nations, la force des peuples unanimes, le poids des sanctions doivent permettre d'obtenir un cessez-le-feu immédiat !

Aucun pays, aucune nation ne peut accepter que le droit international, que l’intégrité territoriale d’un État soient à ce point violés, bafoués.

Et nous serons d’autant plus unis à faire respecter le droit international que nous nous battrons à le faire respecter partout, pour tous les peuples. C’est aussi la condition de l’union des nations contre Poutine.

Bien sûr, nous pourrons toujours débattre de ce qui a précédé ce conflit, de l’obstination de ces 30 dernières années de la part États-Unis et de certains membres de l’Otan à toujours vouloir implanter de nouvelles bases aux portes de la Russie.

Mais aujourd’hui le débat n’est pas là.

En revanche, le danger de voir ce conflit s’élargir et s’étendre est réel.

Car la réalité de cette guerre, c’est qu’elle fait peser le risque d’une guerre mondiale.

Je veux plus que jamais rappeler que, face aux armes et au risque d’un embrasement généralisé du conflit, nous devons donner toute sa force à la diplomatie, à la force du dialogue et à la construction d’un rapport de force politique et économique nous permettant d’éviter un engrenage fatal.

La France doit tout mettre en œuvre pour éviter l’embrasement, pour éviter que l’Otan participe à cette guerre, car les conséquences en seraient en terrifiantes.

Notre histoire, celle de l’humanité, s’illustre malheureusement d’engrenages guerriers menant au pire.

Gardons-les en mémoire pour qu’ils ne se répètent jamais.

N’oublions jamais les 80 millions de morts des deux premières guerres mondiales et les sacrifices de plusieurs générations.

Ce 21e siècle est encore plus dangereux, plus dévastateur. Car à la menace d’une guerre mondiale, s’ajoute celle de l’utilisation de l’arme nucléaire.

Alors, de tout notre cœur, forts de cette histoire que nous portons en nous, au nom de ces hommes et ces femmes qui ont tout fait pour empêcher les escalades guerrières au siècle passé ; au nom de ces députés comme Jaurès, bien seul ici à défendre la Paix, faisons tout, pour ne pas ajouter la guerre à la guerre.

La course aux armements engagée au cours de ces dernières années par les grandes puissances fait peser sur le monde, sur les peuples, sur la jeunesse, la menace d’une destruction à grande échelle.

Alors oui, la France a un rôle important à jouer.

Les décisions qui seront prises dans les heures, dans les jours qui viennent seront capitales, afin d’éviter l’escalade du conflit, l’escalade guerrière qui, à un moment donné, peut finir en spirale infernale que personne ne pourra plus arrêter. Rappelons-nous qu’il est impossible de prévoir l’issue d’un conflit armé.

Les seules certitudes sont la des- truction, le chaos et les victimes civiles et militaires.

Gardons-nous, gardons-nous toujours, des surenchères démagogiques et des postures de va-t-en-guerre.

C’est pourquoi, je demande que le Parlement puisse se prononcer à chaque étape sur la parole et les décisions de la France face à cette guerre.

Car c’est par la démocratie que l’on peut le mieux déjouer les menaces qui pèsent sur elle.

Oui, dans cette situation, la France a une grande responsabilité pour la paix.

Oui, pour la paix.

Quand la France, au nom même de son histoire, parle pour la paix, elle parle d’une voix forte et juste.

Quand la France refuse les logiques de blocs, quand elle affirme sa pleine indépendance pour dire le droit et la justice, elle est entendue des peuples du monde.

Oui, comme beaucoup le disent : « La solution à ce drame ne sera pas militaire ».

La France doit dire haut et fort que sa priorité est l’établissement d’un cessez-le-feu.

Que les armes se taisent !

La France doit mettre toute son énergie, toute sa tradition à la recherche d’une solution diplomatique, politique, qu’elle apportera toute sa solidarité au peuple ukrainien.

L’urgence, c’est de tout mettre en œuvre pour obtenir un cessez-le-feu et ouvrir des négociations !

C’est bien sûr l’intérêt du peuple ukrainien.

C’est aussi l’intérêt du peuple russe avec qui nous ne voulons pas la guerre ! Et c’est celui de tous les peuples d’Europe.

Ouvrir tous les espaces de dialogue possibles, mettre en œuvre toutes les pressions, les sanctions possibles pour obtenir ce cessez- le-feu, la protection des Ukrainien·ne·s et le retrait des troupes russes d’Ukraine.

Nous pouvons jouer ce rôle, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, pour proposer que les Nations unies relancent le processus réunissant l’ensemble des États européens, avec l’Ukraine et la Russie.

Parmi toutes les pressions à exercer, il y a celles, claires, fortes venant des peuples, unis, solidaires, exprimant leur solidarité et appelant à la paix.

Notre peuple, avec tous les autres peuples du monde doit se lever, uni dans sa grande diversité, tendre la main aux pacifistes russes, soutenir le peuple ukrainien et faire entendre cette voix forte et symbolique des travailleurs, des jeunes, des familles unis pour la paix.

Oui, c’est aux peuples de se faire entendre, car ce sont eux qui sont en première ligne, eux qui sont toujours les victimes des logiques de force et des logiques guerrières.

Nous devons aussi être intraitables contre tous les profiteurs qui abusent cyniquement de ce conflit en rendant la vie toujours plus chère par la spéculation sur le gaz, sur le pétrole, sur le blé.

Enfin, et je tenais à le dire ici aussi, que l’heure est suffisamment grave pour qu’elle ne laisse aucune place aux polémiques, aux querelles stériles.

Pour notre part, pour ma part, je n’y participerai pas.

Nous apporterons notre contribution, nous ferons entendre notre voix en faveur de la paix et pour l’unité des Français·es pour la paix.

Nous serons toujours de celles et ceux qui choisirons la paix et l’espoir de la Paix car, comme l’écrivait Aragon,

« il faut continuer de croire qu’il fera beau quand il pleut. »

 

 
« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)