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Discours de Pierre Laurent à la Villa Sylvie - Aumont-en-Halatte, 7 novembre 2018

Discours de Pierre Laurent à la Villa Sylvie-Maison Henri Barbusse, Aumont-en-Halatte

Journée du souvenir - 7 novembre 2018

 

Au nom du PCF, je suis heureux ce jour d'être ici dans cette maison Sylvie, qui fut si chère à Henri Barbusse.

Son œuvre a été quelque peu oubliée et pourtant quelle actualité sa pensée recèle-t-elle aujourd'hui ! Celle d'un combattant infatigable pour la paix, contre le fascisme et pour une autre société, lui qui rejoignit le Parti communiste en 1923.

Il tire de la guerre une grande leçon d’humanité qu’il formule si bien dans les dernières pages du Feu.

De ses camarades de combat, il dit : « Ils lèvent leur face d’homme où germe enfin une volonté. Il faut tuer la guerre. On est fait pour vivre, pas pour crever comme ça. C’est nous la matière de la guerre. C’est nous qui formons les plaines de morts et les fleuves de sang ! Or les peuples, c’est rien et ça devrait être tout. Tous les hommes devraient être égaux ! Les simples soldats qui sont là et dont les noms "sont de petits noms de rien du tout" sentent monter à leur gorge les propos révolutionnaires. Pour qui offre-t-on ainsi la chair fraîche de milliers de jeunes hommes par jour ? Pour les tripoteurs, les profiteurs, les banquiers qui vivent, eux, de la guerre et qui sont suivis par les simples d’esprit, les ignorants.

Il faut en finir ! Il ne faut pas se cramponner à ce passé hideux ! Tous les malheureux dont le sang coule ici sont des dupes odieusement trompées ! Il faut punir la guerre et l’étouffer ! »

Quelle force ! Et dès l'époque, ses contemporains le reconnurent et son livre Le feu fut couronné du prix Goncourt.

Désormais, la vie de Barbusse fut consacrée à la défense de la Paix, à rechercher les causes des guerres, à leurs dénonciations.

C’est ainsi qu’avec Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefebvre, Georges Bruyère, il va regrouper les soldats, ses frères d’armes, pour les aider matériellement, mais surtout pour les instruire comme le disait Barbusse. Ainsi naissait l’ARAC en novembre 1917 – et je salue aujourd'hui ses dirigeants – puis en 1919, le mouvement Clarté.

En 1932, il prépare l’organisation des mouvements d’Amsterdam, puis d’Amsterdam-Pleyel avec Romain Rolland. Leurs objectifs avec ces mouvements réunis, trouver les forces éprises de paix et les forces antifascistes.

Au sein du mouvement communiste international, il occupa une place originale et, bien qu'ayant écrit un livre intitulé Staline, on sait aujourd'hui qu'il fut souvent en conflit avec l'Internationale communiste, lui qui eut tôt l'intuition qu'il fallait rassembler au-delà des traditionnels clivages face à la peste brune.

Il était un pacifiste, un républicain, un antifasciste et un communiste ; chez lui tout cela s'entremêlait. 

Dans un écrit de juin 1917 (la date est importante, nous sommes en pleine guerre), il écrit : « Pourquoi te bas-tu ?  Tu te bats pour la justice et pour la libération des hommes et pour cela seulement. »

Il exprime, à cette occasion, la voie juste du combat pour la liberté. Il sait qu’il se bat « contre de vieux ennemis infâmes et de toujours : le militarisme et l’impérialisme », il rajoute « le Sabre, la Botte et la Couronne ».

Il met en garde : « Le Nationalisme suit partout. Il n’est pas exclusif à l’Allemagne, il est infiltré en France… bien vivant ».

Au moment où lui-même et ses trois camarades construisent la volonté de créer une association pour s’attaquer aux causes impérialistes de la guerre, pour mobiliser au moment où se développent les mutineries, où les tribunaux condamnent et fusillent pour l’exemple dans une adresse aux anciens combattants dans l’œuvre en juillet 1917 il développe : 

Extraits : 

« J’adresse un appel ardent à tous ceux des anciens combattants de cette guerre qui croient à la République et qui la veulent.

La mort vous a épargnés. Je vous demande de venir tous à nous, de vous unir. Je veux vous entretenir aujourd’hui d’un grand intérêt général qui dépasse celui de chacun de vous, mais qui repose sur vous tous : soldats de la guerre, continuez à être les soldats de la pensée, il le faut. Vous ne devez pas renoncer encore à vous battre. La démocratie a besoin de vous. Elle vous appelle à son secours, vous qui serez un jour le nombre et la force, et qui êtes l’énergie, l’audace et la lucidité.

Les avertissements nous assiègent de toutes parts : l’heure est grave, le principe immortel de la République est menacé, la charte des Droits de l’Homme leur est tombée depuis longtemps des mains.

Les principes républicains sont, de tous côtés, ou trop attaqués, ou trop mal défendus. Il faut veiller sur la République. C’est à vous entre tous et avant tous qu’incombe ce devoir, survivants de la guerre des hommes contre les oppresseurs !

Nous appelons République la société constituée sur les bases de la réelle souveraineté du peuple, c’est-à-dire sur la logique et la raison, avec tout ce qu’un corps social sagement organisé peut comporter d’égalité, de liberté et de droits pour chacun ; une société qui ne soit pas, ouvertement ou obscurément, conduite par une oligarchie de privilégiés et de parasites, mais illuminée dans tous ses coins par le clair intérêt général…

Nous disons que non seulement le but que nous poursuivons à l’intérieur et à l’extérieur n’est pas une utopie. C’est là et non ailleurs qu’est l’aboutissement de l’œuvre de la Révolution. Quoi qu’il en soit, c’est par ces voies que la grande France de 1789 s’agrandira et durera. »

Cette volonté de défendre les valeurs républicaines, de s’attaquer aux causes des guerres, de se méfier de la bourgeoisie, sont aujourd’hui 100 ans plus tard, des mots qui sonnent juste.

Quand un président n’est élu qu’avec 18 % des inscrits sur les listes électorales, quand près de 60 % des Français s’abstiennent lors des élections des députés, nous entrons dans une crise morale, politique où tous les risques resurgissent. En France, en Europe et dans le monde.

Est-on loin, croyez-vous des préoccupations, du cri de Barbusse, sur la République attaquée, la République universelle menacée de toute part ?

Barbusse met l’accent sur ce qui fâche, sur ce qui gêne, c’est la question de la souveraineté des peuples et par souveraineté, il entend celle des peuples pas celle des gouvernements et de leurs dirigeants, il met cette question au centre de sa réflexion.

Nous sommes obligés de constater que cette question de la souveraineté des peuples est au cœur des débats d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, l’impérialisme comme disait Barbusse a besoin de réorganiser le monde pour se donner un nouveau souffle.

L’enjeu aujourd’hui, c’est l’accaparation de richesses dans la cadre de la mondialisation capitaliste galopante.

Mais aujourd’hui, comme hier, pour réussir cette mondialisation capitaliste, il faut étouffer la souveraineté des peuples. 

Le combat pour la paix de Barbusse est lié à son combat antifasciste qu'il mena dès les années 20 contre le régime de Mussolini, contre la terreur blanche dans les Balkans.

Au printemps de 1933, le Mouvement Amsterdam-Pleyel prend forme. Henri Barbusse intervient au congrès. Aux 3 000 délégués, parmi lesquels ceux des pays où le fascisme a triomphé, Italie, Pologne, Finlande, Hongrie, Yougoslavie, Allemagne, il dit : « Tout grand mouvement antifasciste doit s’appuyer sur la classe ouvrière et paysanne. Il doit mener la bataille avec la masse de travailleurs qui est le gros d’une armée à laquelle nous devons rallier dans la plus grande proportion possible les intellectuels, les fonctionnaires, la petite bourgeoisie, sans perdre de vue surtout l’énorme importance des jeunesses… Et cela sous le signe du front unique seul gage de la victoire finale. »

Il prépare ainsi les esprits à l'unité nécessaire et à ce qui deviendra le Front populaire. Mort en 1935, il n'en verra que les débuts mais dans les images d'archives, on le voit lors des premiers rassemblements, fatigué physiquement mais infatigable et immortel militant.

 

 

 
« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)