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Hommage de la CGT à Viviane Claux - 7 septembre 2018

Hommage de la CGT à Viviane Claux

Viviane avait un grand sens de l’humour. Lors de son premier bureau de l’Ufict Métallurgie en 1983, elle provoque un fou rire général de l’assemblée en demandant des précisions à un ingénieur spécialiste en supraconductivité qui parlait de réseaux maillés alors qu’elle-même ne disait connaître que les mailles de ses bas résille !

Rien n’a jamais été triste avec Viviane à part aujourd’hui bien-sûr où, là, le coup est extrêmement dur.

Viviane était une combattante, une femme de convictions, de caractère, en capacité de faire des choix et d’une ténacité à toute épreuve. Tout le monde écoutait sa petite voix tranquille qui portait loin et disait des choses fortes.

Viviane était quelqu’un qui ne lâchait jamais rien. Et il fallait cette opiniâtreté à cette technicienne en informatique pour construire et développer la CGT dans un milieu sidérurgique composé très majoritairement d’hommes et d’ouvriers.

Il faut l’avoir vu porter sa féminité naturellement dans les couloirs de la fédération des métaux pour comprendre qu’elle ne cherchait aucun modèle masculin de militantisme.

Le combat pour le syndicalisme spécifique aux ingénieurs, cadres et techniciens comme son combat féministe seront toujours empreints d’une grande détermination.

Viviane est entrée en 66 à Usinor Montataire, en qualité d’analyste programmeur. Très rapidement elle adhère à la CGT et sera de tous les combats. Elle est désignée secrétaire générale du syndicat UFICT-CGT dans l’entreprise, syndicat qu’elle aura contribué à mettre en place et fait partie de la direction nationale de l’UFICT- Métallurgie pendant 15 ans de 1983 à 1998, à la Commission exécutive, au bureau puis au secrétariat. Elle a participé à l’équipe dirigeante d’alors, particulièrement innovante en matière de propositions sur les qualifications, sur l’avenir industriel ou en matière d’outils pour les jeunes diplômés en cette période de bouleversements liés à la chute du mur de Berlin. Travail qui débouchera d’ailleurs en 1993 sur la première mobilisation d’étudiants pour leurs conditions d’insertion dans le travail avec la mobilisation gagnante contre le CIP (contrat d’insertion professionnel que voulait créer Balladur en 1993).

De 1990 à 2004, Viviane prendra des responsabilités importantes à la fédération : Comité exécutif, bureau, et secrétariat où elle sera en charge des questions revendicatives notamment sur le volet des conditions de travail et des 35 heures.

Viviane était une battante qui savait faire des choix y compris dans des combats internes où elle se positionnait toujours clairement que ce soit lors des différents

avec la direction de la fédération sous André Sainjon dans les années 1980 ou de la direction de l’Ugict dans les années 1990.

Viviane sera une grande empêcheuse de tourner en rond pour les ministères et le patronat de la sidérurgie dans cette période de restructuration permanente de cette industrie et elle initiera avec ses camarades nombre de luttes et interventions : lutte des années 70 contre le plan Davignon, de sinistre nom, qui se traduira par des centaines de milliers de suppression d’emplois, la fermeture de mines de fer ( la minette Lorraine) et de charbon ainsi que la fermeture de tout un pan de l’industrie, notamment DENAIN, qui sera le détonateur du grand mouvement national des sidérurgistes en 1979.

Ardente militante de l’appropriation des moyens de production par les salariés, elle participera avec conviction au grand combat politique qui mènera à la nationalisation de la sidérurgie en 1982 et qui débouchera sur des droits nouveaux pour les salariés : Conseil d’atelier, droits syndicaux, amélioration des conditions de travail, 5ème équipe pour les postés, retraite à 60 ans. Mais avec le plan acier de 1984 du gouvernement MAUROY et sa nouvelle vague de restructuration, la nationalisation ne répondra plus à l’intérêt des salariés et conduira à la privatisation de la sidérurgie en 95. Durant toutes ces années, Viviane s’impliquera sans compter dans les collectifsCGT Sollac, Usinor et sidérurgie, auprès des camarades Bernard CAMPANOVA, Marc BARTHEL, Jacques BIDART.

Administratrice salariée d’Usinor de 1996 à 2000 elle tient tête à Francis Mer, futur ministre des finances et de l’industrie sous Chirac. Elle est la seule femme au conseil d’administration, forte des 44 % de rapport de forces électoral CGT. Viviane est sur tous les fronts, souvent seule à contester les fusions, ventes ou fermetures d’usines à seule fin de rentabilité financière élevée. Elle représentera également la confédération CGT à la commission de conciliation du ministère du Travail en 2002.

Nombreuses seront les initiatives auxquelles elle donnera sa touche particulière : Assises nationales d’Usinor en 1998, Assises mondiales de la sidérurgie en 2000, élaboration du statut du sidérurgiste ...

Au début des années 2000, au moment où son parti, le PCF, renonce à l’activité politique à l’entreprise et où beaucoup de ses camarades renoncent à s’impliquer politiquement, elle estime qu’on ne peut pas se désintéresser de la partie politique de nos vies et que les militants syndicaux ont un rôle important à jouer quelles que soient les difficultés. Ni courroie de transmission, ni anarcho-syndicaliste, Viviane savait très bien dire les choses quand il le fallait.

Viviane s’impliquera plus avant en politique à la région et au conseil national du PCF et démontrera la pertinence de porter la voix du monde du travail en politique.

Dimension nationale mais toujours militante de terrain : elle ne quittera jamais son entreprise et refusera toujours un détachement complet. C’est ce qui lui permettra de toujours s’impliquer dans les luttes locales comme à l’occasion du projet de sous- traitance des services informatiques par USINOR, lutte qui aboutira à un statut respectant la Convention Collective de la Métallurgie de la Région Parisienne et harmonisant la situation des informaticiens. Une victoire dans cette catégorie jusqu’alors non-syndiquée !

Elle mènera en parallèle le combat pour faire reconnaitre la discrimination syndicale dont elle est victime, faisant condamner le groupe et obtenant réparation. Une victoire qui ouvrira une brèche, contraignant le groupe à négocier des accords sur la reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise.

Pour cet engagement d’une sidérurgiste convaincue et convaincante, elle sera honorée, avec d’autres camarades, le 30 juin 2005 à la fédération, recevant la médaille de fidélité à la cgt sidérurgie.

Même retraitée Viviane distribuait régulièrement des tracts syndicaux à la porte de l’usine où elle gardait de nombreux contacts.

Voici ce que disait Viviane de son engagement syndical : « Cet engagement m’a énormément apporté, et d’abord la possibilité d’agir sur la société, de ne pas subir ! C’est important cette impression d’avoir rempli sa vie, de pouvoir agir sur la réalité pour qu’elle change. Je crois que c’est aussi une façon de revaloriser notre rôle de femmes, même si on rencontre parfois des difficultés. [...] L’engagement syndical m’a apporté de nouvelles connaissances, de nouvelles relations, dans la CGT et au-delà, sur un plan international. Même au conseil d’administration, j’avais affaire à des personnes très diverses, des adversaires, mais on se respectait. J’y ai acquis beaucoup d’indépendance. Je préfère avoir rencontré quelques problèmes et difficultés, que d’être restée dans mon bureau, à faire seulement de l’informatique ! »

L’engagement de Viviane était marqué d’une profonde honnêteté, humilité et humanité, sa vie familiale comptant tout autant que ses engagements syndicaux ou politiques. Elle militait de tout son être. Elle respirait la vie en permanence.

Les problématiques qui la mobilisaient : la situation des salariés des ouvriers aux cadres, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’industrie. Ce sont des enjeux très actuels pour lesquels Viviane nous a toujours livré un message d’espoir : ne jamais rien lâcher de nos convictions profondes tout en restant ouvert à ce qui bouge sans cesse dans les attentes et aspirations des hommes et des femmes.

La manière dont Viviane a conduit ses engagements est porteuse de leçons de vie pour tout le monde.

Merci Viviane, merci pour tout et pour tous.

Le 7 septembre 2018

Hommage lu par Edith BIECHLE, Secrétaire Générale de l’UFICT CGT Métallurgie et membre du Bureau Fédéral.

La rédaction de cet hommage a été dirigée par Jean-François BOLZINGER qui s’est appuyé sur les camarades des syndicats USINOR, de Philippe VERBEKE, Antonio MOLINA, Jacques BIDART et Emeric TELLIER.

 

 
« Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Saint-Just (révolutionnaire français, 1767-1794)